Universal Music Group (UMG) et ElevenLabs viennent d’annoncer un accord pluriannuel autour de nouveaux produits musicaux génératifs construits à partir du catalogue d’UMG. Premier chantier dévoilé par les deux groupes, une plateforme pensée pour le grand public permettra aux fans de fabriquer des remixes, des mashups, de nouvelles versions de morceaux, ainsi que des contenus vocaux personnalisés liés aux artistes du groupe qui choisiront d’y prendre part.
L’idée est assez simple. Il s’agit de faire passer dans un cadre officiel, avec des licences, des pratiques qui cartonnent déjà sur les réseaux sociaux et dans les apps de création. Universal Music Group et ElevenLabs disent vouloir proposer des expériences créatives fondées sur des voix et des enregistrements autorisés, plutôt que laisser prospérer des contenus qui circulent aujourd’hui dans un flou juridique bien réel.
Les deux entreprises insistent aussi sur ce qu’elles appellent une technologie « responsable ». Dit plus directement, Universal Music Group et ElevenLabs assurent vouloir respecter le travail humain derrière les chansons et prévoir une rémunération pour les artistes comme pour les auteurs-compositeurs dont les œuvres serviront à alimenter ces nouveaux outils.
Pour Universal Music Group, le sujet compte beaucoup. Depuis plusieurs années, le groupe cherche à protéger son catalogue tout en ouvrant de nouveaux relais de revenus. Et un fait commence à se confirmer: les majors ne répondent plus seulement aux questions de droit d’auteur devant les tribunaux, elles essaient aussi de verrouiller le terrain par des partenariats stratégiques. UMG a déjà signé plusieurs accords dans cette zone, notamment avec Stability AI et NVIDIA.
Fondée en 2022, ElevenLabs s’est d’abord imposée dans la synthèse et la génération audio. La startup a ensuite accéléré sur un autre front, celui des accords de licence avec les acteurs de la musique, histoire de se distinguer d’autres entreprises technologiques déjà rattrapées par des plaintes liées au droit d’auteur. Début 2026, sa valorisation dépassait les 11 milliards de dollars. Avant son rapprochement avec UMG, ElevenLabs avait déjà conclu des partenariats avec Merlin et Kobalt, ce qui a contribué à installer un précédent autour des modèles sous licence et des mécanismes de partage de revenus dans la musique générative.
Mais au moment où cet accord est annoncé, plusieurs points décisifs restent flous. Ni Universal Music Group ni ElevenLabs n’ont expliqué publiquement le modèle exact de partage des revenus, les conditions de participation des artistes, ni la façon dont auteurs, interprètes et ayants droit seront rémunérés, que ce soit pour l’entraînement des outils ou pour les contenus produits ensuite par les fans.
Et c’est précisément ce flou qui nourrit déjà les critiques. Des observateurs et plusieurs associations redoutent un manque de transparence, une rémunération trop faible pour les auteurs-compositeurs, l’arrivée en masse de morceaux générés sur les plateformes, ou encore un accès au marché encore plus compliqué pour les indépendants. Pour Universal Music Group, le pari reste pourtant limpide: si les usages créatifs des fans doivent exploser, autant qu’ils le fassent dans un cadre officiel, monétisable et sous contrôle. Mieux vaut donc avancer avec prudence. La vraie question, désormais, est assez brutale: qui y gagnera vraiment, les plateformes, les labels, ou les créateurs eux-mêmes? Nous vous tiendrons au courant.