D’après des documents judiciaires américains, Malone Lam, un Singapourien de 22 ans vivant à Miami, a plaidé coupable dans une vaste affaire de vol de cryptomonnaies et de blanchiment d’argent. Une audience de suivi est prévue le 8 décembre.
Il est poursuivi pour racket au titre de la loi américaine RICO et risque jusqu’à 20 ans de prison, toujours selon ces documents.
Les procureurs le présentent comme l’un des membres du noyau dur d’un groupe qui aurait dérobé plus de 263 millions de dollars en actifs numériques entre octobre 2023 et mai 2025.
Un détail ressort du dossier. Plusieurs membres clés se seraient rencontrés au départ sur Minecraft, avant de se voir en personne aux États-Unis en 2023.
L’acte d’accusation décrit une organisation d’une douzaine de personnes, tournée vers une cible bien précise: les détenteurs fortunés de cryptomonnaies.
L’un des épisodes les plus frappants remonte à août 2024. Les procureurs accusent le groupe d’avoir volé plus de 4 100 bitcoins à une victime installée à Washington, soit environ 230 millions de dollars au moment des faits.
Certaines synthèses judiciaires, ainsi que plusieurs médias, évaluent pourtant ce casse à près de 245 millions.
Le dossier indique que Malone Lam a été arrêté en septembre 2024.
Depuis, l’enquête a pris de l’ampleur. Un acte d’accusation complémentaire déposé en mai 2025 a visé d’autres suspects, et plusieurs coaccusés ont déjà plaidé coupable, d’après les pièces judiciaires.
Veer Chetal aurait accepté de témoigner. Marlon Ferro, lui, a été condamné en mai à six ans et demi de prison pour avoir servi de relais sur le terrain lorsque les fraudes en ligne ne suffisaient plus, d’après les mêmes documents.
Les documents judiciaires indiquent aussi que Malone Lam aurait fait la connaissance de Jeandiel Serrano, de Veer Chetal et d’autres associés en ligne, notamment sur Minecraft.
Le détail peut paraître anecdotique. Il dit pourtant quelque chose de très concret: certaines communautés de jeu peuvent devenir le point de départ de réseaux parfaitement réels, avec répartition des rôles , objectifs financiers clairs et coordination entre plusieurs pays.
Les enquêteurs décrivent une organisation qui tournait presque comme une petite entreprise clandestine. Certains se chargeaient du premier contact, d’autres de récupérer l’accès aux comptes, d’autres encore du déplacement des fonds et du blanchiment.
Le plus frappant, c’est que la méthode principale n’aurait pas reposé sur un piratage technique particulièrement avancé, mais sur l’ingénierie sociale.
Les victimes étaient approchées par des individus se faisant passer pour des employés de Google, de plateformes d’échange ou de services de sécurité, d’après les documents judiciaires.
Les enquêteurs ajoutent que le groupe déclenchait aussi des alertes de connexion sur les appareils visés, histoire de créer un sentiment d’urgence.
Une fois la panique installée, les escrocs poussaient ensuite les victimes à livrer des informations sensibles ou à valider certaines actions. C’est ce qui permettait, d’après le dossier, de prendre le contrôle de leurs avoirs.
Cette affaire rappelle à quel point les gros détenteurs de cryptomonnaies restent exposés dès que des attaquants savent jouer sur la confiance, la pression et la peur de voir un compte compromis.
Les autorités affirment que l’argent volé a financé un train de vie extravagant: 31 voitures de luxe, des montres très haut de gamme, des vêtements de marque, des vols en jet privé et des locations de villas à Los Angeles, dans les Hamptons et à Miami.
Certaines pièces du dossier avancent même que quelques soirées en boîte de nuit auraient dépassé 500 000 dollars en une seule nuit.
Au-delà du côté spectaculaire, l’affaire raconte quelque chose de plus large. Dans la cybercriminalité liée aux cryptos, les vols les plus massifs passent souvent moins par une faille informatique que par la manipulation humaine.