Sur Steam, les succès de Baldur’s Gate 3 dessinent aujourd’hui un décalage assez frappant. D’après les statistiques de la plateforme, 89,1 % des joueurs ont terminé le tutoriel du Nautiloïde. Mais seuls 50,2 % ont obtenu le succès lié à la fin de l’Acte 1.
Ça veut dire qu’une part énorme des joueurs visibles dans ces chiffres ne passe même pas ce seuil, alors qu’il arrive encore assez tôt dans l’aventure.
Évidemment, ça ne veut pas dire que tous ont laissé tomber le jeu pour de bon. Entre les achats faits en promo puis jamais lancés, et les mods qui coupent le suivi des succès, les données Steam ont leurs limites.
Reste que ces statistiques racontent quand même quelque chose que la communauté connaît bien depuis longtemps : Baldur’s Gate 3 est le genre de RPG qu’on recommence sans cesse, parfois au point de ne jamais voir ce qu’il y a après.
Le mot qui revient le plus chez les joueurs, c’est la fameuse « restart-ite ». On lance une campagne avec une idée très claire, puis une autre classe fait envie, une composition d’équipe paraît plus amusante, une piste de rôle-play semble meilleure, ou une romance donne envie d’être jouée autrement. Et là, tout repart de zéro. La sauvegarde en cours reste de côté, une nouvelle partie commence dans la foulée.
Il faut dire que Baldur’s Gate 3 pousse à ça mieux que presque tous les RPG récents. Le jeu propose 12 classes, beaucoup de sous-classes, plusieurs races et historiques, sans même parler des dialogues à embranchements et de la façon dont le monde réagit à vos choix. À chaque nouveau départ, on se dit qu’on va vivre une aventure seulement un peu différente. C’est justement ce « un peu » qui donne envie de tester encore.
Il y a aussi la structure du jeu. L’Acte 1 est chargé, presque débordant : recrutement des compagnons, gros enjeux narratifs, exploration, combats marquants, quêtes dans tous les sens. Tout s’enchaîne vite, et il se passe déjà beaucoup de choses.
Pour certains, cette première grande portion suffit presque à elle seule. L’expérience paraît déjà complète, dense, satisfaisante. Dans ces conditions, recommencer n’a rien d’un échec. C’est juste une autre façon de jouer : essayer un paladin plutôt qu’un barde, partir sur une approche héroïque au lieu d’une trajectoire chaotique, ou monter une équipe qui n’a plus rien à voir avec la précédente.
Le passage à l’Acte 2 peut aussi casser la dynamique. Après un début plus lumineux, plus aventureux, très ancré dans l’heroic fantasy, le jeu bascule vers les Terres maudites par l’Ombre, beaucoup plus sombres. Ce virage dans le ton peut freiner une partie du public, surtout ceux qui aimaient davantage l’énergie plus ouverte et plus colorée des premières heures.
Il y a aussi une raison très simple côté gameplay. Baldur’s Gate 3 s’appuie sur les règles de Donjons & Dragons 5e, et pour les nouveaux venus, tout ça n’a rien de naturel. Beaucoup passent des dizaines d’heures avec des builds bancals, ou qu’ils comprennent mal, puis arrivent à un point où le jeu demande davantage de maîtrise dans les combats, dans la gestion des ressources, dans la composition du groupe. À ce moment-là, repartir avec un personnage mieux construit paraît parfois plus attirant que s’accrocher à sa première sauvegarde.
Et Larian Studios ne fait pas grand-chose pour calmer cette envie, il faut bien le dire. Correctifs, nouvelles fonctionnalités, épilogues, support officiel des mods, scène de modding très active : régulièrement, quelque chose donne une bonne excuse pour relancer une campagne.
Du coup, dans Baldur’s Gate 3, rester bloqué avant l’Acte 2 n’est pas forcément le signe qu’on a abandonné. Souvent, c’est presque l’inverse. C’est le signe d’un RPG tellement riche qu’il donne trop d’idées à la fois, au point de vous faire recommencer avant même d’avoir vraiment fini.