Oui, Bungie a bien envisagé, à un moment, un dating sim dans l’univers de Destiny. D’après plusieurs anciens employés du studio, le projet n’a cependant jamais dépassé le stade du prototype.
Toujours d’après ces anciens de Bungie, l’idée aurait été soumise à la direction à plusieurs reprises, avec un budget prévisionnel et des estimations de revenus déjà préparés. Si le projet a fini par être écarté, c’est pour une raison très claire : pas question d’associer Destiny à la romance, ni à un ton jugé trop léger, voire trop « silly ».
On n’était donc pas face à une simple vanne de couloir. Les mêmes sources expliquent que ce spin-off était porté comme un véritable produit commercial, avec une ambition réelle, pas comme une idée un peu absurde sortie pour faire rire tout le monde en réunion.
Ce choix relance d’ailleurs une vieille question de l’industrie, qu’on voit revenir sans arrêt : jusqu’où un grand studio peut-il protéger l’identité de sa franchise sans fermer la porte à des projets capables de toucher un autre public ?
L’idée serait née pendant les sessions « Carnival », ces game jams internes organisées chez Bungie, toujours selon plusieurs anciens employés. C’est précisément à ça que servent ce genre d’événements : essayer des pistes inhabituelles, à distance des contraintes qui pèsent sur les productions principales.
C’est souvent là que sortent les concepts les plus improbables. Et parfois, les plus intéressants aussi. Dans ce cas précis, un jeu davantage centré sur les personnages et sur leurs relations aurait trouvé un vrai écho auprès d’une partie du studio, si l’on en croit plusieurs anciens employés de Bungie.
La réaction en ligne, surtout sur Reddit, a d’ailleurs été marquée par la curiosité, avec pas mal d’enthousiasme au passage. Pour beaucoup de joueurs, un spin-off plus narratif aurait été une bonne façon d’explorer autrement un univers riche en factions, en héros et en mythologie, un univers que certains jugent souvent sous-exploité dès qu’on sort du cadre du shooter.
Robert Brookes, ancien narrative designer chez Bungie, a lui aussi défendu l’idée. À ses yeux, un projet de ce type aurait pu aider à « faire grandir une marque » en attirant de nouveaux publics vers l’univers de Destiny.
L’argument n’a rien d’absurde. D’après un sondage Reddit mené en janvier 2024 auprès de plus de 1 400 joueurs de Destiny, le public restait très majoritairement masculin, même si les tranches d’âge les plus jeunes montraient déjà une diversité plus nette.
Et si on élargit un peu, les chiffres 2024 de l’Entertainment Software Association (ESA) vont dans le même sens : près de la moitié des joueurs aux États-Unis sont des femmes. Ça bouscule au passage pas mal d’idées reçues sur le public potentiel d’un spin-off de ce genre. Des séries comme Yakuza ou Super Mario ont déjà prouvé qu’un changement de registre pouvait redonner de l’élan à une licence et aller chercher de nouveaux joueurs. Dans le cas de Bungie, cette histoire met surtout en lumière un dilemme très classique : préserver à tout prix l’identité d’une marque, ou accepter des expérimentations plus risquées, mais qui peuvent aussi rapporter gros. Il faut quand même rester prudent tant que le studio n’a rien confirmé officiellement. Reste un point difficile à ignorer : le simple fait que le projet soit allé jusqu’au prototype montre bien que, pour certains en interne selon plusieurs anciens employés de Bungie, ce n’était pas juste une plaisanterie.