Dans une analyse consacrée à des attaques repérées entre mai et août, CrowdStrike dit avoir mis au jour quatre nouveaux groupes cybercriminels ayant eu recours à des assistants conversationnels et à des agents autonomes pour conduire des campagnes offensives à grande échelle. Le point le plus frappant, pour l’entreprise, se situe ailleurs: certains de ces acteurs ont laissé leur propre infrastructure exposée sur des serveurs web librement accessibles. Les chercheurs de CrowdStrike ont ainsi pu jeter un œil, fait assez rare, à leurs outils, aux modèles choisis et à leur manière d’automatiser les opérations.
L’étude de CrowdStrike porte donc sur des attaques observées entre mai et août. D’après l’entreprise, les quatre groupes travaillaient en chinois, en espagnol/anglais, en indonésien et en russe.
Toujours selon CrowdStrike, les groupes sinophone et hispanophone/anglophone disposaient des montages les plus élaborés. Les acteurs indonésien et russophone semblaient moins avancés, mais ils sont tout de même parvenus à compromettre plusieurs cibles. En fouillant les serveurs restés ouverts, les chercheurs ont surtout vu apparaître des variantes de Claude, le modèle d’Anthropic, ainsi que des modèles DeepSeek à poids ouverts. Certaines campagnes pouvaient tourner seules pendant des périodes assez longues, avec très peu d’intervention humaine.
Fait assez parlant, explique CrowdStrike, ces criminels ne se tournaient pas en priorité vers les systèmes les plus récents. Ils mêlaient modèles ouverts et fermés, mais s’appuyaient souvent sur des versions plus anciennes.
Pour CrowdStrike, ce raisonnement rappelle celui d’entreprises tout à fait classiques: le routage d’une tâche vers tel ou tel modèle dépend du coût, de la vitesse et de l’adéquation à un usage précis. Les versions les plus avancées sont souvent jugées trop chères ou tout simplement inutiles. Cette variété servait aussi à autre chose, toujours d’après CrowdStrike: les protections changent fortement d’un système à l’autre, et parfois même d’un modèle à l’autre chez un même fournisseur.
CrowdStrike explique aussi que les quatre groupes contournaient ces garde-fous avec des méthodes très terre à terre. Le procédé le plus courant consistait à faire croire à l’agent qu’il intervenait dans un cadre légitime , par exemple un test d’intrusion autorisé ou un audit de sécurité validé.
Certains allaient jusqu’à déposer des fichiers dans le répertoire de travail de l’agent pour simuler une validation formelle. D’autres bâtissaient un scénario détaillé, ou passaient à des consignes plus agressives pour pousser le système à coopérer. Pour CrowdStrike, cela dit surtout une chose: les garde-fous restent inégaux, donc exploitables.
Le rapport souligne enfin que ces campagnes ne reposaient pas sur des failles inédites. Leur force venait surtout de la cadence et du volume: reconnaissance, tri des cibles, rédaction d’e-mails d’hameçonnage, adaptation des scripts, puis enchaînement des tentatives contre des faiblesses d’hygiène numérique pourtant connues depuis longtemps.
Autrement dit, ces outils n’inventent pas forcément de nouvelles techniques. En revanche, ils permettent d’industrialiser des attaques assez banales à un rythme que les défenseurs ont beaucoup plus de mal à suivre. Le constat s’inscrit dans un mouvement plus large: plusieurs études récentes estiment désormais que plus de 80 % des e-mails d’hameçonnage sont produits à l’aide de systèmes génératifs, que 84 % des attaques par rançongiciel observées en 2026 impliquent ce type d’outillage, et que près de neuf organisations sur dix ont été visées par une cyberattaque de ce genre au cours des douze derniers mois. D’après ces mêmes travaux, le coût moyen d’une fuite de données liée à ces usages se chiffre, lui, en millions.
Pour les experts, la montée en puissance des agents autonomes change d’abord l’échelle du problème. Des tâches qui demandaient autrefois plusieurs jours peuvent maintenant être exécutées en quelques minutes. De quoi accroître la pression sur les équipes de sécurité, mais aussi sur les éditeurs de modèles, de plus en plus sommés de publier davantage d’informations sur les abus observés, les contournements et les incidents relevés.