Quand Dark arrive sur Netflix, le 1er décembre 2017, la filiation saute assez vITe aux yeux. Cette série allemande de science-fiction regarde du côté de Stephen King, et plus précisément de Ça. On l’a longtemps rangée, un peu vite, dans la case “version européenne de Stranger Things”. Avec le recul, l’étiquette ne tient plus vraiment. Dark a fini par s’installer ailleurs, parmi les grandes séries de science-fiction de l’ère Netflix.
Baran bo Odar et Jantje Friese, les créateurs, n’ont jamais caché leurs références. Stephen King, Twin Peaks: ce sont deux influences qu’ils ont citées ouvertement. Et ça se sent dès le début. Une petite ville qui a l’air tranquille. Des enfants qui disparaissent. Des adultes minés par ce qu’ils taisent depuis des années. Et, partout, une menace diffuse, presque invisible, qui semble gagner toute la communauté.
On retrouve là quelque chose de très proche de Ça. Dark plante son intrigue dans un décor local extrêmement défini, Winden, où chaque famille traîne ses failles, ses traumatismes, ses non-dits. Le point de départ rappelle directement le roman de King: la disparition d’enfants agit comme un révélateur. D’un coup, les mensonges remontent, les culpabilités aussi, avec toutes ces blessures enfouies qu’on croyait tenues sous clé.
La différence, elle est là. Dans Ça, l’horreur prend un visage, celui de Pennywise, et la lutte reste plus nettement construite autour du bien et du mal. Dark part ailleurs. Le monstre disparaît, ou plutôt il change de nature: ce qui terrorise ici, c’est le temps. Au centre de la série, un passage spatio-temporel relié à la centrale nucléaire de Winden fait voler la chronologie en éclats et transforme le mystère de départ en un vrai labyrinthe métaphysique.
Au moment de sa sortie, le 1er décembre 2017, la comparaison avec Stranger Things paraissait presque inévitable. Même ambiance de petite ville inquiétante, même mystère autour d’enfants disparus, même place donnée aux adolescents. Ça n’a pas duré bien longtemps.
Dark a très vite trouvé sa propre voix, bien plus nihiliste, plus philosophique aussi, et traversée d’une vraie mélancolie. La série ne se contente pas de résoudre une énigme. Elle s’attaque au libre arbitre, au déterminisme, au deuil, à cette idée de répétition cyclique de la souffrance humaine. Les personnages n’affrontent pas seulement une menace venue de l’extérieur. Ils se retrouvent face à eux-mêmes, à leurs versions passées et futures, pris dans une mécanique où chaque décision donne l’impression d’avoir déjà été prise.
Cette ampleur passe aussi par sa construction sur plusieurs générations, un terrain qui peut rappeler Stephen King, sauf qu’ici le principe est poussé beaucoup plus loin, à un niveau qu’on voit rarement à l’écran. Dark suit plusieurs familles à travers différentes époques, jusqu’à faire céder les règles classiques de cause et d’effet. Au fil de ses 3 saisons et de ses 26 épisodes, la série a bâti une chronologie d’une telle densité qu’elle a fini par produire tout un écosystème de fans: arbres généalogiques, frises temporelles, théories minutieuses. Pour beaucoup, c’était devenu presque nécessaire pour garder le fil.
Et le pari a payé.
Dark a fini par devenir un succès international pour Netflix. D’après la plateforme, il s’agissait de sa première production originale en langue allemande, et son tout dernier épisode a été mis en ligne le 27 juin 2020.
Netflix avançait aussi un autre chiffre parlant: 9 spectateurs sur 10 de la saison 1 vivaient en dehors de l’Allemagne. Ça dit assez bien jusqu’où a porté la série, et pourquoi elle reste l’une des productions européennes les plus marquantes de la plateforme. La critique a suivi, avec 95 % sur Rotten Tomatoes. Même Stephen King s’est montré élogieux, en parlant d’une série « sombre et complexe » et d’une « excellente série ». En reprenant à Ça son point de départ, celui d’enfants disparus dans une ville rongée par ses secrets, Dark a fait beaucoup plus qu’un clin d’œil ou qu’un hommage. Elle a trouvé sa propre forme, et signé au passage un classique du streaming.
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