À l’occasion de la sortie de Clayface, Tom Rhys Harries a glissé, au fil de plusieurs interviews, qu’il verrait bien Scarecrow, l’Épouvantail, devenir le prochain ennemi de Batman à décrocher son propre film. Pendant cette tournée promo autour de Clayface, l’acteur a raconté qu’il imaginait très bien le personnage au cœur d’un thriller psychologique capable de « faire perdre la tête », quelque part entre Inception, The Truman Show et le premier Christopher Nolan, avec une question qui reviendrait sans cesse : qu’est-ce qui est réel ?
L’idée n’a rien d’absurde pour DC Studios. Le studio a l’air de vouloir bâtir Gotham en partant de ses criminels, plus que de Batman lui-même, du moins pour l’instant. Dans cette logique, un film consacré à l’Épouvantail prolongerait assez naturellement la veine adulte, psychologique et franchement inquiétante déjà amorcée par Clayface. Là où Clayface mise sur le body horror, Scarecrow emmènerait le DCU vers un autre terrain : la paranoïa, l’illusion, la peur à l’état brut. Et dans le cinéma de super-héros, ce registre reste encore assez peu exploité à grande échelle.
Ce qui frappe, au fond, c’est l’absence persistante de Batman dans ce nouveau DCU alors que les projets autour de ses adversaires s’accumulent. En plus de Clayface, DC Studios est aussi lié à un film centré sur Deathstroke et Bane, sans oublier une série Poison Ivy prévue pour HBO Max. Difficile de ne pas y voir une ligne directrice : avant de lancer vraiment son nouveau Chevalier Noir, le studio semble vouloir poser les bases de tout l’écosystème criminel de Gotham.
Le moment joue aussi pour cette stratégie. D’après les premiers retours, Clayface a été plutôt bien accueilli par la critique, surtout pour son angle horrifique et pour la prestation de Tom Rhys Harries. Le film a aussi signé un démarrage solide au box-office américain. Hors des États-Unis, en revanche, c’est moins net, notamment en France et en Corée du Sud, où les résultats ont été plus mitigés. Mieux vaut donc garder un peu de recul.
On n’est pas face à un raz-de-marée, mais c’est déjà suffisant pour encourager DC Studios à croire que des films autonomes centrés sur les méchants peuvent trouver leur public. James Watkins, le réalisateur, a d’ailleurs présenté Clayface de cette façon : un récit indépendant, situé à Gotham dans le cadre du DCU, sans apparition de Batman et sans référence directe au héros. Pour la suite, tout dépendrait maintenant de la direction que choisira DC Studios.
Évidemment, cette méthode du « les méchants d’abord » ne convainc pas tout le monde. Ceux qui la défendent y voient une manière d’ouvrir le genre super-héroïque à autre chose : des histoires plus sombres, plus bizarres, plus proches du thriller ou carrément de l’horreur. Et sous cet angle, Scarecrow coche beaucoup de cases. Sa toxine de la peur, à elle seule, offre un vrai terrain de jeu de mise en scène.
Les sceptiques, eux, pensent que DC Studios prend un pari risqué en mettant autant de lumière sur les antagonistes avant d’avoir vraiment installé son Batman. Tom Rhys Harries est même allé jusqu’à évoquer un crossover entre Clayface et le Penguin joué par Colin Farrell, sauf que ce Penguin appartient à l’univers séparé de The Batman, ce qui complique sérieusement la continuité. Sur un point, en tout cas, la tendance paraît assez nette aujourd’hui : si Gotham doit offrir un nouveau spin-off à l’un de ses méchants, Scarecrow est très bien placé.