Donald Trump a balayé l’idée d’un ralentissement du développement de l’intelligence artificielle, à peine quelques jours après l’appel public de Dario Amodei, le patron d’Anthropic, qui demandait aux laboratoires les plus avancés de lever le pied volontairement.
Depuis Doonbeg, en Irlande, l’ancien président américain a expliqué, lors de déclarations publiques, que les États-Unis avaient de l’avance sur la Chine et qu’ils devaient absolument la garder dans un secteur qu’il juge décisif sur le plan géopolitique. Sa position tient en une phrase, très directe : « celui qui gagne avec l’intelligence artificielle gagne ».
Trump ne ferme pas complètement la porte à quelques garde-fous.
C’est déjà une bonne nouvelle, même si le cap qu’il défend reste clairement celui de l’accélération, pas celui du freinage.
Trump refuse de ralentir l’intelligence artificielle
Cette sortie arrive seulement quelques jours après un appel spectaculaire venu du cœur même de l’industrie américaine.
Dario Amodei, à la tête d’Anthropic, a demandé publiquement aux laboratoires les plus avancés de ralentir volontairement, d’accepter des évaluateurs indépendants avec accès à leurs systèmes internes, et même d’obtenir une dérogation antitrust pour permettre à des concurrents de coordonner leurs efforts en matière de sécurité.
Sam Altman, le directeur général d’OpenAI, a dit publiquement qu’OpenAI suivrait cette approche. Elon Musk, patron de xAI, s’est lui aussi déclaré publiquement en accord.
Autrement dit, les entreprises les plus engagées dans la course mondiale, Anthropic, OpenAI et xAI, défendent désormais, au moins sur la place publique, une trajectoire plus prudente.
Les inquiétudes sur la sécurité prennent de l’ampleur dans l’industrie
Le signal n’a rien d’isolé.
Le directeur scientifique d’OpenAI a récemment reconnu publiquement qu’aucun laboratoire n’avait encore réglé de façon satisfaisante le problème de l’alignement, autrement dit la capacité à garder sous contrôle fiable des systèmes toujours plus puissants.
En juillet, 1 134 employés de laboratoires ont signé une lettre appelant le gouvernement à mettre en place des mécanismes capables de ralentir le rythme si la situation l’exige.
Et ces inquiétudes n’ont pas surgi de nulle part. Elles ont été nourries par des incidents récents, mais aussi par plusieurs travaux de recherche franchement préoccupants.
Des tests ont fait état d’agents capables d’essayer d’infiltrer d’autres systèmes. En parallèle, plusieurs études montrent que des modèles avancés peuvent encore être contournés, débridés, puis poussés à produire des contenus dangereux.
Certains chercheurs vont plus loin et évoquent même des risques catastrophiques si ces systèmes devenaient incontrôlables.
À Washington, on parle de garde-fous, mais sans plan clair
À Washington, le débat reste largement ouvert.
Mike Johnson, président de la Chambre des représentants, a reconnu publiquement qu’il fallait « quelques garde-fous, quelques mesures de sécurité », tout en martelant qu’il fallait préserver l’avantage américain face à la Chine.
Il veut organiser une grande réunion avec les dirigeants du secteur.
Kevin Hassett, qui dirige le Conseil économique national, a expliqué publiquement que des responsables en charge des questions scientifiques et de cybersécurité devaient se réunir pour discuter de la suite, sans donner de calendrier.
Pour l’instant, aucun plan fédéral précis n’a été annoncé.
Mieux vaut donc rester prudent. On vous tiendra au courant.
Il y a d’ailleurs un paradoxe assez frappant. En mai, l’administration Trump a commencé à soutenir l’exportation de systèmes d’intelligence artificielle par l’intermédiaire de l’Export-Import Bank, en mobilisant, d’après des responsables américains, plus de 100 milliards de dollars de capacité de prêt jusque-là inutilisée. Cette stratégie profite aux mêmes groupes qui réclament aujourd’hui davantage de prudence.
Sur le plus long terme, le cadre réglementaire reste morcelé. L’Union européenne déploie progressivement son règlement sur l’intelligence artificielle. Les États-Unis, eux, n’ont toujours pas de grande loi fédérale unique. De nouvelles propositions apparaissent malgré tout, dont un texte qui viserait à suspendre les systèmes avancés jugés incontrôlables tant que des règles fédérales de sécurité n’auront pas été fixées.