Lors d’un échange avec Tesla Owners Silicon Valley autour de Terafab, ce projet d’usine de puces censé couvrir une partie des besoins de Tesla et de SpaceX, Elon Musk a reconnu très franchement qu’il ne savait pas fabriquer de puces électroniques. Il a tout de même ajouté que l’équipe de Terafab pourrait, à terme, trouver la bonne méthode. Le patron de Tesla et de SpaceX a aussi expliqué qu’il avait encore « énormément à apprendre » sur le sujet.
Musk n’a pas tourné autour du pot. Pendant cet échange avec Tesla Owners Silicon Valley, il a dit qu’il ne savait pas, lui-même, comment fabriquer des puces, même s’il pense que l’équipe de Terafab peut « comprendre comment y parvenir ». Autrement dit, Elon Musk admet sans détour qu’il n’est pas un spécialiste du secteur, malgré l’ampleur du projet qu’il veut mettre sur les rails.
Ce qui frappe, c’est le décalage avec ses déclarations de fin septembre à des médias chinois. À ce moment-là, Elon Musk jugeait que la Chine pourrait dépasser ses limites en lithographie et contourner ses contraintes de puissance de calcul d’ici deux à trois ans. Un horizon que beaucoup d’experts du secteur trouvent franchement optimiste.
Terafab, lui, repose sur une idée assez claire : pousser très loin l’intégration verticale. La fabrication des masques, la production des puces, l’encapsulation et les tests seraient réunis sur un seul site afin de servir Tesla et SpaceX. D’après Tesla Owners Silicon Valley, cette initiative lancée au Texas pourrait demander un investissement de départ d’environ 17 milliards.
Musk a également exposé sa logique industrielle. Selon lui, Samsung, Intel et Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) travaillent d’abord avec des équipements globalement comparables. Son plan consisterait donc à démarrer avec des machines standards, puis à les modifier pour gagner en débit, avant de concevoir des outils sur mesure capables d’éliminer les goulets d’étranglement et d’augmenter la production de wafers.
Sur le papier, on reconnaît sa façon de faire dans l’automobile ou le spatial : partir d’une base existante, tester vite, corriger vite, recommencer. Mais dans les semi-conducteurs, on change clairement d’échelle.
Les analystes, eux, restent sur leurs gardes. Monter une chaîne de production capable de rivaliser avec les meilleurs suppose des montants énormes, un savoir-faire très pointu et une main-d’œuvre hautement spécialisée.
Et le nœud du problème est là. Le plus difficile n’est pas simplement de produire des puces, c’est d’obtenir des rendements élevés et réguliers, ce qui prend d’ordinaire des années. Mieux vaut donc garder la tête froide.
Le rôle de Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC), souvent évoqué dans les rumeurs autour de Terafab, paraît d’ailleurs bien plus limité que certains l’imaginaient. Si l’on se fie aux derniers commentaires d’Elon Musk relayés par Tesla Owners Silicon Valley, le groupe taïwanais ne serait, au mieux, qu’un bailleur. Pas le partenaire opérationnel chargé de faire tourner l’usine au quotidien.
Le sujet reste particulièrement sensible à Taïwan, vu l’exposition commerciale de Tesla en Chine et la place dominante de l’île dans cette industrie. Toujours d’après Tesla Owners Silicon Valley, Taïwan fabrique plus de 60 % des semi-conducteurs mondiaux et plus de 90 % des puces les plus avancées. En parallèle, les contrôles à l’exportation mis en place par Washington visent à freiner l’accès de Pékin aux technologies de pointe.
Au bout du compte, les États-Unis, la Chine et l’Europe accélèrent tous leurs plans de relocalisation, et les effets risquent d’être très concrets pour l’avenir des cartes graphiques, des consoles et de tout l’univers high-tech.
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Author: Emmanuel Bosque
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