Sur Reddit, Guillermo del Toro dit désormais qu’Alien, de Ridley Scott, est « la meilleure adaptation de Lovecraft ». À ses yeux, le film fonctionne même comme une version très libre de At the Mountains of Madness, le roman de H.P. Lovecraft.
Dans le classement personnel qu’il a partagé sur Reddit, The Thing de John Carpenter vient juste après.
Ce jugement compte d’autant plus que Guillermo del Toro a longtemps essayé de monter une adaptation classée R du livre de H.P. Lovecraft. Il a fini par laisser tomber, au moins en partie, parce qu’il avait expliqué à l’époque que Prometheus lui donnait l’impression que Ridley Scott avait déjà arpenté une bonne partie du même terrain, visuellement comme sur le fond.
On range souvent Alien dans la case du survival horror spatial. Pourtant, le film reprend plusieurs éléments centraux de l’horreur lovecraftienne: une humanité minuscule face à un univers immense, hostile, complètement indifférent à son sort, puis des explorateurs qui tombent sur les traces d’une forme de vie ancienne, incompréhensible, et de toute évidence antérieure à l’histoire humaine.
C’est là que le lien avec At the Mountains of Madness saute aux yeux: chez Lovecraft aussi, des explorateurs mettent au jour les restes d’une civilisation oubliée, et leur soif de connaissance tourne peu à peu au cauchemar.
Dans Alien, l’équipage du Nostromo débarque sur LV-426, repère un vaisseau abandonné, puis tombe sur le fameux Space Jockey. Cette silhouette immense, comme fossilisée, laisse deviner un passé cosmique bien plus vaste que tout ce que les personnages sont capables de saisir.
Chez Lovecraft, découvrir la vérité ne rassure jamais. Dans Alien, c’est pareil: plus on comprend, plus le monde devient inquiétant.
Le Xénomorphe pousse cette logique encore plus loin, avec son apparence biomécanique, son absence totale de morale, sa biologie dérangeante et ce cycle reproductif qui relève du cauchemar.
Ce n’est pas seulement un monstre. Le Xénomorphe ressemble plutôt à une force étrangère à toute idée humaine de nature ou d’éthique.
La phrase d’Ash sur sa « pureté » condense très bien ce mélange de fascination et d’effroi: la créature n’est pas maléfique au sens humain du mot, elle est là, elle s’impose, elle survit.
La parenté avec Lovecraft passe aussi par Weyland-Yutani, prête à sacrifier des vies pour tirer profit d’une entité qu’elle comprend à peine, comme les cultes, les savants ou les élites chez l’écrivain.
Sur le plan visuel, H.R. Giger, admirateur assumé de Lovecraft et auteur d’un livre intitulé Necronomicon, a donné à Alien une identité qu’on reconnaît immédiatement: organique, sexuelle, industrielle, et profondément étrangère.
Les films suivants de Ridley Scott, surtout Prometheus et Alien: Covenant, ont encore creusé cette veine avec les Ingénieurs, les origines du Xénomorphe, l’intelligence artificielle, la création et la rébellion. Dès lors, Alien n’est plus seulement l’histoire d’un équipage traqué, c’est aussi celle d’une humanité minuscule confrontée à des forces de création et de destruction qui la dépassent complètement.
C’est aussi pour ça que le verdict de Guillermo del Toro pèse autant aujourd’hui.