Le mouvement est lancé. L’ICANN, qui coordonne le système mondial des noms de domaine, a rendu publiques aujourd’hui 1 615 candidatures déposées par 481 entités dans son cycle 2026 de nouvelles extensions génériques, le premier depuis 2012. Avec cette liste, une nouvelle course aux noms de domaine s’ouvre, tirée cette fois par OpenAI, Google, Meta et Anthropic autour de suffixes liés à l’IA, aux agents numériques et aux services logiciels.
La nouvelle ruée vers les noms de domaine a donc bel et bien commencé. Certains dossiers captent tout de suite l’attention, y compris hors du secteur: .ChatGPT et .gpt pour OpenAI, le créateur de ChatGPT, ou encore .claude pour Anthropic.
Google, Meta et d’autres poids lourds ont eux aussi pris position sur des extensions qui pourraient devenir, demain, des vitrines centrales pour leurs services.
Le plus frappant, c’est sans doute le terrain le plus encombré: les suffixes liés aux agents numériques, aux interfaces conversationnelles et aux nouveaux services logiciels. L’extension .agent arrive très loin devant, avec 13 candidats selon l’ICANN. Le suffixe .agi fait aussi partie des dossiers les plus disputés, avec plusieurs prétendants, dont OpenAI.
Ces dépôts racontent quelque chose de très concret: les entreprises veulent tenir de plus près leur identité en ligne, la confiance des utilisateurs et la sécurité autour de services devenus stratégiques.
Au total, 333 candidatures sont directement liées à des marques, toujours selon l’ICANN. Ça montre bien à quel point les grands groupes cherchent à verrouiller leur présence sur le web, bien au-delà du classique .com.
Les dossiers déposés laissent d’ailleurs voir des approches très différentes.
OpenAI a demandé 15 extensions, parmi lesquelles .chatgpt et .gpt. Google en a déposé plus de 30, avec des extensions comme .api, .mcp et .agent. Meta s’est positionné sur .superintelligence, .agent et .wearables. Anthropic, de son côté, a visé .anthropic et .claude.
Pour l’instant, décrocher une extension ne veut pas dire qu’elle sera réellement lancée. Les candidatures concurrentes devront encore passer par des phases d’opposition, de négociation ou de résolution des conflits avant qu’un gagnant soit désigné.
La répartition géographique en dit long, elle aussi, sur l’état du marché. L’Amérique du Nord concentre 864 dossiers et l’Europe 506, selon l’ICANN. À elles seules, ces deux régions pèsent environ 85 % des demandes.
Le prix d’entrée explique une partie de cette concentration: chaque dossier coûte autour de 227 000 dollars, d’après l’ICANN, sans même compter les frais juridiques, techniques et opérationnels. Forcément, l’accès à ces nouvelles extensions reste, dans les faits, réservé aux groupes qui ont les moyens.
L’ICANN a aussi recensé 21 candidatures en écritures non latines, notamment en arabe et en chinois. C’est une très bonne nouvelle, même si ce signal d’ouverture vers un web plus internationalisé reste encore modeste.
Le calendrier, lui, s’annonce long. Après la publication des candidatures viendront les objections, puis la gestion des dossiers concurrents.
L’ICANN prévoit ensuite un tirage au sort pour fixer l’ordre de priorité au premier semestre 2027. Si le calendrier tient, les premières extensions non contestées pourraient être activées fin 2027 ou début 2028. D’ici là, cette nouvelle vague aura déjà dit quelque chose d’assez clair: l’avenir des adresses web ne se jouera plus seulement autour des applications et des sites vitrines, mais aussi autour de services spécialisés, d’agents et de marques décidées à posséder leur propre territoire sur internet.
Author: Manuel Bosque
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