D’après un communiqué officiel, Le Labyrinthe de Pan, le film que Guillermo del Toro a sorti en 2006, reviendra au cinéma en 2026 dans une restauration 4K et une conversion 3D supervisées par le réalisateur lui-même, à partir des négatifs 35 mm d’origine. Vingt ans plus tard, le film n’a rien lâché de sa puissance, et ce qu’il dit reste intact : la violence autoritaire ne disparaît jamais tout à fait, elle prend juste d’autres traits.
Sorti en 2006, le long métrage se déroule dans l’Espagne franquiste de 1944. On y suit Ofelia, une jeune fille forcée de vivre sous la coupe de son beau-père, le capitaine Vidal, un officier brutal chargé d’écraser des résistants. Quand un Faune lui révèle qu’elle pourrait être la princesse disparue d’un royaume souterrain, l’enfant doit traverser trois épreuves si elle veut espérer rentrer chez elle.
La force du film tient aussi à ça : il ne trace jamais de frontière nette entre le réel et l’imaginaire. Chez Guillermo del Toro, c’est même presque l’inverse de ce qu’on attend. Le merveilleux ne sert pas vraiment d’échappatoire, il devient une manière de lire l’horreur du monde réel. Les créatures fantastiques, les rites, les épreuves, tout cela n’est pas là pour faire joli ni pour apporter un détour poétique de plus. C’est ce qui permet à Ofelia de donner une forme, et peut-être un sens, à la guerre, à la répression et à la cruauté qui l’encerclent.
Du coup, Le Labyrinthe de Pan déborde largement le cadre du conte gothique. Le film est souvent lu comme une allégorie du fascisme.
Le capitaine Vidal incarne un ordre autoritaire glacial, construit sur l’obsession de l’héritage, le culte de la discipline et la violence dirigée contre les plus faibles. En face, les maquisards ont presque quelque chose de figures de conte, des sauveurs dressés contre un “loup” fasciste, lui, bien concret. Le parallèle le plus célèbre reste celui qui relie Vidal au Pale Man : mêmes scènes de banquet, même abondance confisquée par un pouvoir prédateur, même sanction immédiate dès qu’il y a transgression, même menace qui pèse sur les innocents. Guillermo del Toro a d’ailleurs expliqué qu’il associait cette créature à des institutions complices de l’oppression, et notamment à l’Église catholique dans ses rapports historiques avec le franquisme.
Au fond, le film se joue dans la désobéissance. Ofelia désobéit à Vidal, évidemment, mais elle désobéit aussi au Faune quand ses consignes vont contre ce qu’elle estime juste. Guillermo del Toro ne célèbre pas une innocence passive ; il défend un choix éthique. Ofelia n’a rien d’héroïque parce qu’elle obéit aux règles. Elle l’est parce qu’elle refuse de faire le mal, même au moment où une autorité prétend le lui imposer.
Et tout mène à ce final. Guillermo del Toro a longtemps tenu à la mort d’Ofelia, malgré les pressions exercées pour adoucir la conclusion.
Le refus d’Ofelia de verser le sang de son petit frère donne au film toute sa portée : elle ne peut pas se sauver elle-même, mais elle prouve sa valeur par le sacrifice et par la protection d’un être plus vulnérable qu’elle. D’après le communiqué officiel, Le Labyrinthe de Pan a reçu une ovation de 22 minutes à Cannes, décroché trois Oscars et généré plus de 83 millions de dollars au box-office mondial, tout en s’imposant comme une œuvre majeure dans le prolongement de L’Échine du diable. Son retour en salles en 2026 a donc moins l’allure d’un simple anniversaire que celle d’un rappel. Les contes les plus sombres sont parfois ceux qui disent le plus juste.