Le marché du smartphone entre dans une séquence plus chère en 2025 et 2026, et les marques les plus fragiles risquent d’être les premières à encaisser le choc. Pour sortir un appareil crédible, un bon design ou une fiche technique simplement correcte ne suffisent plus. Il faut désormais des puces récentes, davantage de mémoire, des accords autour des logiciels et des services cloud, plusieurs années de mises à jour, et des budgets marketing bien plus lourds. La bataille se joue donc de plus en plus sur l’échelle industrielle, le capital et la force de l’écosystème.
La promesse des nouveaux assistants embarqués fait monter le ticket d’entrée.
Les fabricants doivent intégrer des composants plus puissants, en particulier des puces capables de traiter davantage de tâches en local. Il faut aussi plus de mémoire vive, tout en absorbant une série de coûts moins visibles: serveurs distants, partenariats logiciels, travail d’optimisation, support sur plusieurs années, campagnes de communication pour convaincre le grand public.
Ce virage arrive au moment où les coûts matériels repartent à la hausse, surtout sous l’effet de la demande en DRAM. Résultat, les prix moyens montent et la pression s’accentue sur l’offre d’appareils les moins chers.
Les acteurs de niche, qu’ils misent sur la réparabilité, la modularité, le dé-Googling ou des formats plus audacieux, se retrouvent pris en étau.
Pendant longtemps, leur identité forte a suffi à leur faire une place. Cet avantage pèse moins quand le marché se recentre sur des fonctions très coûteuses à développer.
En 2024, Meizu a d’ailleurs indiqué, d’après Reuters, qu’il arrêterait de nouveaux projets de smartphones traditionnels pour se recentrer sur des appareils pensés autour de ces nouveaux usages.
Reuters rapporte aussi qu’IDC s’attend à voir le marché du smartphone enregistrer en 2026 sa baisse la plus nette, en partie à cause de la hausse des coûts liés aux infrastructures et à la mémoire.
Mieux vaut quand même rester prudent.
Mais les fabricants Android positionnés sur l’entrée de gamme apparaissent déjà comme les plus exposés, tandis que les marques premium ont plus de marge pour absorber la hausse ou la faire passer dans les prix.
Apple occupe déjà ce terrain.
Selon Counterpoint, Apple représente environ un smartphone sur cinq parmi les quelque 1,3 milliard d’unités expédiées l’an dernier. Mais la marque contrôle plus des deux tiers du segment au-dessus de 600 euros, et plus des trois quarts de celui qui dépasse les 1 000 euros.
Fait intéressant, c’est justement le haut de gamme qui tient le mieux. Toujours selon Counterpoint, alors que le marché global devrait reculer, les appareils premium continuent de progresser. Cela concentre encore un peu plus le pouvoir entre les mains des marques déjà bien installées auprès des acheteurs les plus aisés.
Counterpoint prévoit enfin que les smartphones capables de faire tourner ces nouvelles fonctions représenteront 45 % des livraisons mondiales en 2026, contre 36 % en 2025.
D’autres estimations situent ce segment à 124,3 milliards en 2025, puis à 140,8 milliards en 2026.
Apple, Samsung et Google investissent massivement dans le traitement embarqué et les services qui vont avec.
Pour le reste du marché, le tableau est plus dur: à mesure que les coûts montent et que les budgets se tendent, la place laissée aux marques expérimentales se réduit.
La prochaine grande vague mobile pourrait donc être aussi celle de la consolidation.
Sur Twitter : @pierrevitre