Matt Damon revient en pleine lumière. L’attente autour de « The Odyssey », le prochain film de Christopher Nolan, y est pour beaucoup. Et s’il y a un titre à revoir pour prendre la mesure de tout ce qu’il sait faire, c’est bien « Les Infiltrés », le thriller de Martin Scorsese sorti en 2006. Dès qu’on se replonge dans sa filmographie, le film remonte presque tout de suite à la surface.
Près de vingt ans après sa sortie, il tient toujours comme l’un des grands sommets du polar moderne. Pour beaucoup, c’est aussi là que Matt Damon signe l’une de ses compositions les plus troublantes, très loin du registre plus héroïque ou plus empathique qu’il avait imposé avec « Will Hunting », « Il faut sauver le soldat Ryan » ou la saga « Jason Bourne ».
Le point de départ de « Les Infiltrés » n’a pas pris une ride : à Boston, deux hommes avancent sans jamais pouvoir cesser de mentir.
D’un côté, Colin Sullivan, joué par Matt Damon, une taupe installée au cœur de la police du Massachusetts par le parrain Frank Costello. De l’autre, Billy Costigan, incarné par Leonardo DiCaprio, un policier infiltré dans le réseau criminel de ce même Frank Costello.
Tout repose sur ce miroir tendu entre les deux hommes. Chacun tente de repérer l’autre, pendant que la pression grimpe scène après scène. Scorsese fait de ce jeu du chat et de la souris un thriller sec, brutal, nerveux, avec cette impression permanente que tout peut déraper d’une minute à l’autre.
Ce qui reste si fort chez Matt Damon, c’est sa manière de ne jamais réduire Colin Sullivan à un simple salaud. Au premier regard, le personnage a tout pour rassurer : il est séduisant, intelligent, parfaitement intégré, presque lisse.
Puis les fissures apparaissent. Sous la façade, on trouve la peur, l’opportunisme, l’insécurité, et une lâcheté morale qui finit par contaminer tout le personnage. C’est là que sa performance prend toute sa force : Matt Damon ne cherche jamais à rendre Colin Sullivan sympathique, mais il le rend crédible du début à la fin, comme un homme toujours à deux doigts de perdre pied, même quand il semble avoir un coup d’avance.
Curieusement, une partie de la critique place plutôt Leonardo DiCaprio, remarquable en Billy Costigan, au sommet du casting. Beaucoup continuent aussi de citer le rôle explosif de Mark Wahlberg, seul acteur du film nommé aux Oscars cette année-là d’après l’Academy Awards. Pourtant, pour une large part du public, Matt Damon reste l’un des atouts majeurs du long-métrage.
Réalisé par Martin Scorsese et sorti le 6 octobre 2006 d’après Warner Bros., « Les Infiltrés » est le remake du film hongkongais « Infernal Affairs », sorti en 2002. Son récit va aussi chercher du côté de l’histoire du crime organisé et de la corruption à Boston, avec des échos à la Winter Hill Gang et à l’ancien agent du FBI John Connolly.
Scorsese y impose un sens du rythme et de la tension remarquable, porté en plus par une distribution redoutable. Jack Nicholson, Mark Wahlberg, Alec Baldwin et Vera Farmiga viennent épaissir un ensemble d’une densité rare.
Le film a d’ailleurs gagné sur tous les tableaux : 291,5 millions de dollars récoltés au box-office mondial pour un budget de 90 millions, selon Warner Bros., mais aussi 91 % sur Rotten Tomatoes et 85 sur Metacritic, d’après les agrégateurs eux-mêmes.
Et surtout, « Les Infiltrés » a remporté quatre Oscars, dont celui du meilleur film et celui du meilleur réalisateur, une première dans la carrière de Martin Scorsese selon le palmarès de l’Academy Awards. Presque vingt ans plus tard, l’idée n’a pas changé : si l’actualité remet Matt Damon au premier plan, « Les Infiltrés » rappelle qu’il livrait déjà, en 2006, l’une de ses performances les plus fines, les plus troubles et les plus mémorables.