Meta se retrouve avec une nouvelle plainte sur le dos aux États-Unis. D’après Reuters, le procureur général du Rhode Island, Peter Neronha, a saisi la 22 octobre la cour supérieure du comté de Providence. Il accuse Meta d’avoir enfreint la loi locale sur la protection des consommateurs en laissant passer des publicités frauduleuses sur Facebook, Instagram et WhatsApp.
Le grief est assez frontal. Selon la plainte, Meta aurait touché des revenus issus d’arnaques tout en répétant publiquement qu’il protégeait ses utilisateurs. Reuters précise aussi qu’il s’agirait de la première action engagée par un État américain visant précisément Meta pour sa manière de gérer les publicités frauduleuses.
Au fond, l’argument du Rhode Island tient en peu de mots : l’État estime que Meta savait que des escroqueries circulaient à grande échelle sur ses plateformes, sans mettre en place des garde-fous à la hauteur. Pour les autorités locales, on parle bien de tromperie commerciale, puisque Meta aurait laissé s’installer un écart entre son discours sur la sécurité et le fonctionnement réel de sa machine publicitaire.
La plainte s’appuie entre autres sur des documents internes dont Reuters avait déjà parlé. D’après le dossier, ces documents montreraient que Meta estimait que ses utilisateurs étaient exposés à environ 15 milliards de publicités à haut risque par jour. La plainte ajoute que Meta prévoyait qu’environ 10 % de ses revenus de 2024, soit près de 16 milliards de dollars, viendraient d’arnaques ou d’autres publicités liées à des biens et services interdits.
Le Rhode Island soutient aussi que les outils publicitaires de Meta ont parfois servi à aider des fraudeurs à monter ou à affiner des campagnes trompeuses. Et la plainte pousse l’accusation encore plus loin : dans certains cas, Meta aurait fait payer plus cher certains annonceurs jugés suspects, au lieu de les bloquer tout simplement.
Autre reproche dans le dossier : Meta aurait freiné sur les contrôles d’identité plus stricts pour les annonceurs. Conséquence, selon l’État, des annonceurs bannis pouvaient revenir très vite en ouvrant de nouveaux comptes avec d’autres adresses e-mail ou d’autres numéros de téléphone.
La plainte cite aussi des exemples précis. L’un d’eux concerne une publicité affirmant pouvoir faire reculer la maladie d’Alzheimer en 45 jours. Selon le dossier, plus de 2 000 variantes de cette annonce ont été repérées dans la bibliothèque publicitaire de Meta. Le texte mentionne également des publicités usurpant l’identité d’un dirigeant de Bank of America pour attirer des victimes vers des arnaques boursières sur WhatsApp.
Dans sa demande, le Rhode Island réclame des sanctions civiles pour chaque infraction, des remboursements pour les consommateurs, ainsi que la restitution des profits tirés de ces publicités frauduleuses. L’État veut aussi que la justice impose des changements dans la façon dont Meta conçoit ou diffuse ce type d’annonces. Il demande enfin la nomination d’un contrôleur indépendant.
Cette affaire arrive dans un climat judiciaire déjà chargé. Reuters rappelle qu’une action comparable a été lancée en mai 2026 par le comté de Santa Clara, et que la Consumer Federation of America a déposé sa propre plainte en avril 2026. Des chiffres de la Federal Trade Commission (FTC), également cités par Reuters, montrent que les consommateurs ont signalé 2,7 milliards de dollars de pertes liées à des arnaques venues des réseaux sociaux en 2025.
Meta, de son côté, rejette ces accusations. Le groupe dit supprimer des millions de publicités frauduleuses et investir dans de nouveaux outils pour contrer les escroqueries. Reste un point : cette plainte peut faire date. Pour la première fois, un État américain cherche à faire payer Meta non seulement pour ce qu’il hébergeait sur ses plateformes, mais aussi pour l’argent qu’il aurait gagné au passage.
Author: Manuel Bosque
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