Nintendo of America a tout juste publié sa liste officielle des 20 jeux The Legend of Zelda jugés les plus importants. Et, sans surprise pour qui suit le sujet depuis longtemps, Link: The Faces of Evil, Zelda: The Wand of Gamelon et Zelda’s Adventure n’en font pas partie. Cela fait des années que ces trois titres parus sur CD-i disparaissent des chronologies officielles comme des rétrospectives anniversaires de la série The Legend of Zelda. Autrement dit, Nintendo continue de se comporter comme s’ils n’avaient jamais vraiment appartenu à la famille Zelda, près de quarante ans après les débuts de la saga.
Tout ça remonte au partenariat raté entre Nintendo et Philips autour d’un lecteur CD-ROM destiné à la Super Nintendo. L’accord a capoté, mais Philips est quand même reparti avec un droit précieux : celui d’utiliser certains personnages de Nintendo, parmi eux Link et Zelda.
C’est de là que sont sortis ces jeux CD-i, sur une machine dont on se souvient aujourd’hui surtout pour ses ratés. Link: The Faces of Evil et Zelda: The Wand of Gamelon ont été développés par Animation Magic puis lancés en 1993. Zelda’s Adventure a suivi en 1996, cette fois chez Viridis. Dans les trois cas, Nintendo n’était pas aux commandes du développement.
Ce qui rend l’affaire un peu étrange, c’est que Nintendo accepte pourtant d’autres Zelda conçus hors de ses murs. C’est le cas de The Legend of Zelda: Oracle of Ages, de The Legend of Zelda: Oracle of Seasons sur Game Boy Color, ou encore de The Legend of Zelda: The Minish Cap, tous développés par Capcom. Le nœud du problème ne tient donc pas seulement au nom du studio derrière ces jeux.
La raison de leur mise à l’écart est en fait beaucoup plus terre à terre : ils traînent une réputation désastreuse. The Faces of Evil et The Wand of Gamelon misent sur une formule action-aventure en défilement horizontal, avec une maniabilité raide, une progression souvent obscure et un gameplay qui tourne vite en rond. Zelda’s Adventure, plus proche d’une vue de dessus à la manière des Zelda classiques, n’a pas réussi à redresser la barre. Entre ses graphismes confus et sa bande-son largement jugée médiocre, lui aussi s’est fait descendre.
Au final, ces épisodes ont bien une licence officielle, mais ils restent presque entièrement hors du canon. Nintendo n’a jamais fait le moindre effort pour les raccrocher à la chronologie de la série, et le silence presque total de l’éditeur à leur sujet en dit long sur la place qu’ils occupent vraiment. Si beaucoup de joueurs se souviennent encore d’eux aujourd’hui, ce n’est certainement pas pour leurs qualités.
Leur vrai héritage est ailleurs, dans leurs cinématiques animées, devenues cultes sur internet pour toutes les mauvaises raisons possibles : visuels bizarres, animation maladroite, doublages raides, dialogues absurdes. The Faces of Evil et The Wand of Gamelon ont alimenté pendant des années des montages, des YouTube Poop, et même quelques remakes réalisés par des fans.
Nintendo, de son côté, choisit le plus souvent de ne rien commenter. La firme a bien laissé passer, de temps à autre, une petite référence amusée sur les réseaux sociaux, mais jamais au point de leur rendre une vraie place officielle. Quatre décennies après la naissance de Zelda, ces trois jeux restent donc coincés dans une drôle de zone grise : autorisés à exister, oui, mais jamais vraiment reconnus.