Jeudi, OpenAI a lancé ChatGPT for Financial Services. L’offre repose sur GPT-6 Astra et s’adresse aux banques ainsi qu’aux sociétés d’investissement éligibles. L’objectif affiché est limpide : faire entrer ChatGPT dans le quotidien des analystes et des banquiers, comme un vrai outil de production, pas comme un assistant généraliste de plus.
D’après OpenAI, les premiers métiers visés sont la banque d’investissement et la recherche actions.
Dans la finance, l’écart ne se fait pas uniquement sur la qualité du modèle. Il se joue aussi sur l’accès à des données fiables, acquises dans les règles et déjà présentes dans les usages des grands établissements.
OpenAI dit cibler les tâches les plus concrètes du métier : valorisations, modèles de LBO, identification d’acquéreurs potentiels, analyse de résultats, pitchbooks, modélisation financière, sans oublier la production de documents destinés aux clients.
En clair, OpenAI ne vend pas ici une IA vague ou polyvalente en théorie. La société pousse un produit pensé pour des livrables très précis. Et dans un secteur où quelques heures gagnées sur une présentation, un dossier ou une recherche de comparables peuvent vite se transformer en avantage commercial, ce choix de positionnement compte.
Le point le plus solide de ce lancement est sans doute là, dans les intégrations à des bases de données sous licence.
OpenAI cite Daloopa, PitchBook, S&P Capital IQ, LSEG, MSCI, Moody’s, Dow Jones Factiva, Preqin, Intapp, Datasite et Box. Reuters, précise l’entreprise, est aussi accessible via LSEG.
Toujours selon OpenAI, deux modes d’accès sont prévus : d’un côté, des jeux de données intégrés et hébergés par OpenAI ; de l’autre, un accès par authentification partagée aux abonnements que les clients possèdent déjà. Pour les banques, c’est plutôt une très bonne nouvelle. Elles paient déjà pour ces services et savent très bien ce que représente leur branchement dans un produit tiers : des délais, des coûts, et souvent une couche juridique pénible à gérer.
OpenAI ajoute avoir construit cette offre avec Morgan Stanley et Evercore.
Les retours recueillis, à l’en croire, portaient sur des irritants très terre à terre : un accès aux données vraiment fiable, plus de rapidité dans l’exécution, et une production plus fluide de documents et de présentations de bon niveau. Ce travail mené avec des acteurs de Wall Street donne du poids à l’offre d’OpenAI sur un marché réputé peu indulgent, où un outil est jugé d’abord sur sa capacité à s’insérer dans des procédures déjà en place.
OpenAI avance aussi un chiffre de benchmark : sur OfficeQA Pro, un test centré sur l’analyse de documents financiers, GPT-6 Astra atteindrait 69,9 %, contre 60,2 % pour la génération précédente.
Le gain est réel, mais il laisse quand même une marge d’erreur non négligeable. Environ trois cas sur dix restent donc problématiques. Pour une note d’analyse, un document client ou un modèle financier, la prudence reste de mise. Le produit peut faire gagner du temps sur beaucoup de travaux. Il ne remplace pas, pour autant, la vérification humaine.
Enfin, OpenAI met en avant les briques que ce type de clientèle attend presque par défaut : authentification unique, gestion des utilisateurs, droits d’accès par rôle, chiffrement au repos et en transit, règles de rétention configurables, export des journaux d’audit, absence d’entraînement sur les données métiers par défaut, ainsi que des barrières d’information internes censées respecter les murailles de Chine des banques d’investissement.
Là où l’annonce devient plus floue, c’est sur l’Europe. OpenAI ne dit rien, ou presque, sur la résidence des données dans l’Union, sur l’existence d’une région d’hébergement européenne dédiée, ni sur l’alignement avec DORA, le cadre en vigueur depuis janvier 2025 pour encadrer les relations entre institutions financières et prestataires technologiques critiques. Pour les groupes financiers actifs sur le continent, cette question pourrait compter presque autant que les capacités du produit elles-mêmes.