TikTok poursuivi en Pennsylvanie : ses fonctions addictives visées chez les mineurs

Le 11 août 2026, la Pennsylvanie a engagé une action civile contre TikTok et sa maison mère, ByteDance. Ce jour-là, d’après la plainte déposée dans l’État, le procureur général Dave Sunday a saisi la Court of Common Pleas du comté d’Allegheny. Il y accuse les deux entreprises d’avoir violé le droit local de la protection des consommateurs, au détriment des jeunes utilisateurs.

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Au centre de l’affaire, l’État soutient, dans sa plainte, que TikTok n’aurait pas simplement laissé passer des contenus potentiellement nocifs. La plateforme aurait aussi été pensée pour pousser les mineurs à y rester plus longtemps, et plus souvent. Le texte affirme que l’application a induit en erreur à la fois les utilisateurs et leurs parents sur deux points. D’un côté, elle aurait minimisé la présence de contenus matures, sexualisés ou nuisibles d’une autre façon dans les flux. De l’autre, elle aurait surestimé l’efficacité de ses dispositifs de sécurité.

La plainte ajoute que TikTok aurait qualifié ces contenus de “peu fréquents” ou “modérés” afin d’obtenir plus facilement une classification 12+ ou 13+ sur les boutiques d’applications. Un classement de ce type rassure les familles. Il donne aussi, si l’accusation est fondée, une image partielle des risques réels.

Le recours vise également plusieurs fonctions très connues de TikTok : le défilement infini, la lecture automatique, le flux algorithmique “For You” et les notifications push. Pour la Pennsylvanie, toujours d’après la plainte, ces mécanismes n’ont rien d’accessoire. Ils auraient été conçus pour allonger le temps passé à l’écran et activer des circuits de récompense proches de mécanismes dopaminergiques.

Ce qui frappe ici, c’est que l’attaque ne concerne pas seulement ce qu’on voit sur TikTok. Elle vise aussi la façon dont le service attrape l’attention, puis la garde. L’argument s’inscrit dans un mouvement plus large, où le regard se déplace du seul travail de modération vers le design même des plateformes. Les chiffres repris dans la plainte nourrissent d’ailleurs cette inquiétude : le temps quotidien moyen passé sur TikTok serait monté de 27,4 minutes en 2019 à 55,8 minutes en 2023.

Le dossier fait ensuite le lien entre cet usage intensif et des risques comme l’anxiété, la dépression ou les troubles de l’image corporelle. Il s’appuie notamment, toujours selon la plainte, sur des travaux publiés en 2025. Parmi eux figure une revue systématique qui conclut qu’un usage problématique de TikTok est associé à une hausse de l’anxiété et de la dépression, en particulier chez les moins de 24 ans.

Une autre étude citée dans la plainte va encore plus loin : 20 minutes d’utilisation suffiraient, à court terme, à faire augmenter certains symptômes anxieux et dépressifs. Il faut quand même garder un peu de recul. Ramener tout le débat à une opposition simple, application addictive ou non, dangereuse pour les jeunes mais sans effet pour les adultes, efface une réalité bien moins nette.

TikTok, de son côté, rejette des accusations qu’il juge “trompeuses et inexactes”, selon une déclaration de l’entreprise. Le groupe affirme que la plainte passe sous silence plusieurs mesures mises en place volontairement, parmi lesquelles des limites de temps d’écran activées par défaut et des paramètres de confidentialité réservés aux utilisateurs de moins de 16 ans.

L’affaire prend place dans un tour de vis réglementaire plus large aux États-Unis. Plus d’une douzaine d’États, ainsi que Washington, ont déjà lancé des procédures comparables. En Californie et dans l’État de New York, des projets de loi avancent aussi, avec dans le viseur les fonctionnalités jugées addictives, les flux algorithmiques ou certaines notifications adressées aux mineurs. Pour TikTok, et plus largement pour tout le secteur, le signal est limpide : la surveillance ne porte plus seulement sur les contenus, mais sur l’architecture même des applications.

Author: Manuel Bosque

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