Sony Interactive Entertainment prévoit de mettre fin à la production de disques pour les nouveaux jeux PlayStation à partir de janvier 2028. L’information vient du groupe lui-même. En clair, les prochaines sorties passeraient sur un modèle de distribution entièrement numérique, un virage qui fait déjà beaucoup parler chez les joueurs.
Le choix ne sort pas de nulle part. Sur l’exercice 2025, 78 % des ventes de jeux PlayStation se sont faites en numérique, puis 85 % au quatrième trimestre, d’après Sony Interactive Entertainment. En Europe, les achats dématérialisés ont même pesé 91 % du chiffre d’affaires du marché du jeu vidéo en 2025. Du point de vue de Sony, le comportement des consommateurs laisse assez peu de doute sur la direction prise.
Ken Kutaragi, qu’on présente souvent comme le père de la PlayStation, défend cette transition. Pour l’ancien dirigeant, le disque n’occupe plus une place centrale sur une machine pensée pour rester connectée en permanence. Et si le support physique continue de compter pour beaucoup de monde, c’est aussi parce qu’il renvoie à une certaine idée de la propriété.
Sa vision dépasse d’ailleurs la simple question du téléchargement. Depuis longtemps, Ken Kutaragi imagine la PlayStation comme un « terminal multimédia », capable de distribuer des jeux, mais aussi de la vidéo, de la musique et d’autres services connectés. Autrement dit, moins une console au sens classique qu’un hub de divertissement.
Pour une partie du public, c’est pourtant là que le sujet devient sensible: la propriété. Quand un joueur achète un jeu en version numérique, il obtient le plus souvent une licence d’utilisation, pas un bien qu’il possède pleinement. Les questions qui reviennent sont très concrètes: peut-on prêter son jeu, le revendre, le garder sur le long terme, ou faut-il accepter l’idée qu’il puisse disparaître si une boutique ferme ou si une licence est retirée ?
Ces inquiétudes ne relèvent pas du fantasme. Les fermetures passées de services liés à la PlayStation 3 (PS3) ou à la PlayStation Vita ont laissé des traces. De leur côté, les défenseurs de la préservation rappellent qu’un écosystème 100 % numérique fragilise l’accès aux œuvres dans la durée, tout en affaiblissant le marché de l’occasion, qui reste crucial pour les joueurs au budget serré.
Et pourtant, le disque pèse encore commercialement. Au Royaume-Uni, le marché des jeux en boîte valait toujours plus de 300 millions de livres sterling en 2025, et les titres PlayStation 4 (PS4) et PlayStation 5 (PS5) représentaient à eux seuls 45 % de ces ventes.
Le support physique n’est donc plus majoritaire. Mais on ne peut pas non plus le balayer comme un simple reliquat. La réaction du public le montre assez bien: une pétition demandant à Sony Interactive Entertainment de revenir sur sa décision aurait dépassé les 300 000 signatures.
Pour l’instant, Sony Interactive Entertainment n’a pas indiqué si certaines exceptions pourraient être maintenues selon les marchés ou selon les éditions. Mieux vaut donc rester prudent.
Des plaintes, ou au moins des demandes d’enquête, ont aussi émergé au Mexique et au Brésil. Les inquiétudes portent notamment sur la capacité à fixer les prix et sur les droits des consommateurs. Pour Sony Interactive Entertainment, la logique économique se tient. Pour une partie des joueurs, la question est beaucoup plus directe: quand le disque disparaît, qu’est-ce qu’on possède encore, au juste ? Nous vous tiendrons informés.