Meta limite désormais à trois heures par mois l’usage gratuit de Conversation Focus, la fonction des lunettes Ray-Ban Meta censée faire ressortir la voix d’un interlocuteur quand il y a du bruit autour. Pour monter à 15 heures mensuelles, il faut passer par Meta One Premium, l’abonnement de Meta facturé 19,99 dollars par mois.
La décision passe mal, d’autant plus que cette fonction semble s’exécuter directement sur l’appareil. Plus étonnant encore, d’après des retours d’utilisateurs relayés en ligne, Conversation Focus continuait de marcher même une fois la connexion Internet coupée. De quoi laisser penser que le traitement se fait en local, sur les lunettes elles-mêmes, et pas sur les serveurs de Meta.
Dans sa documentation d’aide, Meta explique pourtant que ses lunettes connectées n’ont pas besoin d’abonnement pour fonctionner.
Certaines fonctions avancées, en revanche, sont désormais soumises à des limites d’usage, et Conversation Focus en fait partie. Le point qui frappe le plus est peut-être là : même les abonnés payants n’ont pas un accès illimité. Le plafond passe simplement de 3 à 15 heures par mois. En clair, on n’est pas face à un petit avantage réservé aux abonnés, mais bien à une fonction volontairement bridée.
Conversation Focus sert à mettre en avant la voix de la personne en face de l’utilisateur dans un environnement bruyant. Sur le papier, l’idée tient la route. Dans les faits, certains y voient aussi un vrai sujet d’accessibilité, notamment pour des personnes souffrant de légères difficultés auditives. Forcément, la limitation devient tout de suite plus sensible.
La réaction n’a pas tardé.
Pour beaucoup de critiques, faire payer tous les mois une fonction rendue possible par un produit déjà acheté ressemble à un paiement pour débloquer des capacités, un modèle déjà contesté ailleurs dans la tech, mais aussi dans l’automobile, où certaines options matérielles ne s’activent qu’avec un abonnement. Et si la fonction tourne bien en local, comme le laissent penser ces témoignages d’utilisateurs, l’argument d’un abonnement mensuel devient encore plus dur à faire avaler au grand public.
Cette décision ne sort pas de nulle part.
Meta teste désormais Meta One sur plusieurs familles de produits et cherche visiblement à mieux rentabiliser ses lourds investissements logiciels, alors que le groupe reste sous pression sur les coûts après des suppressions de postes représentant environ 10 % de ses effectifs, soit près de 8 000 employés, selon les chiffres communiqués par l’entreprise. En parallèle, le marché des lunettes connectées continue d’accélérer : les expéditions du secteur ont progressé de 54 % sur un an au premier trimestre 2026, selon des données de marché ; Meta détenait 81 % de parts de marché sur ce segment, toujours selon ces données ; et son partenaire EssilorLuxottica a indiqué avoir vendu 7 millions de lunettes Ray-Ban Meta et Oakley Meta en 2025.
Meta essaie donc de jouer sur deux tableaux : faire baisser le prix d’entrée du matériel avec de nouveaux modèles maison à partir de 299 dollars, soit au moins 80 dollars de moins que les Ray-Ban d’entrée de gamme, d’après Meta, tout en ajoutant des fonctions logicielles et de nouvelles offres payantes. Mieux vaut garder un peu de recul. Reste à voir jusqu’où les utilisateurs accepteront cette logique avant de s’en fatiguer.
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