Selon Netflix, le spin-off américain de Squid Game que David Fincher développait sous le titre de travail Heckler a été abandonné en août 2026. Du coup, le caméo final de Cate Blanchett dans la saison 2 n’a plus vraiment l’air d’une promesse. Il ressemble plutôt à une impasse assumée.
Pendant des mois, beaucoup de spectateurs ont pourtant pris cette scène tournée à Los Angeles pour ce qu’elle semblait être: la mise en place très nette d’une version américaine de l’univers.
On y voit Cate Blanchett dans le rôle d’une recruteuse américaine, au fond d’une ruelle, dans une séquence qui reprend presque plan pour plan le recrutement de Seong Gi-hun au ddjaki au début de l’histoire, avant ce regard complice vers le Front Man. À ce moment-là, le signal paraissait limpide: les jeux ne se jouaient plus seulement en Corée, ils appartenaient à un système mondial.
À l’époque, il était difficile d’y voir autre chose qu’un tremplin vers une série dérivée centrée sur les États-Unis. D’autant plus qu’un projet porté par David Fincher circulait bel et bien, avec l’idée d’un prolongement en anglais pensé pour le public international de Netflix.
Puis les informations tombées cet été ont changé la donne. Le projet aurait finalement été enterré, notamment à cause de l’agenda surchargé du réalisateur et d’un virage stratégique chez Netflix, qui préférerait désormais plusieurs déclinaisons ancrées dans différents marchés internationaux plutôt qu’une grande extension hollywoodienne.
Et c’est là que le caméo de Cate Blanchett change de sens. Avec cette annulation, la scène vaut davantage comme symbole que comme épisode pilote déguisé. On la regarde moins comme le teaser très concret d’une future série américaine que comme une fin ouverte, peut-être même comme un geste délibérément ambigu.
Autrement dit, cette scène ne promet plus forcément une suite bien définie. Elle laisse surtout entendre que le mécanisme des jeux peut réapparaître ailleurs, même après tous les efforts des personnages pour le faire tomber. C’est d’ailleurs la lecture défendue par le créateur Hwang Dong-hyuk, qui explique que cette séquence n’avait pas été conçue pour lancer un univers étendu, mais pour appuyer une idée plus vaste: les systèmes liés au capitalisme tardif sont extraordinairement difficiles à détruire et ont tendance à se reconstituer, même quand une partie de la structure s’effondre.
Cette relecture pèse d’autant plus lourd que la saison 2, mise en ligne le 26 décembre 2024 selon Netflix, a déjà déplacé le centre de gravité de la série. Au lieu de monter dans l’avion pour aller retrouver sa fille, Seong Gi-hun choisit de replonger dans les jeux afin d’infiltrer l’organisation et d’essayer de la faire tomber de l’intérieur.
La série n’est plus tout à fait la même. On est passé d’un thriller de survie relativement autonome à une intrigue de vengeance et de démantèlement. Hwang Dong-hyuk a aussi élargi le terrain thématique, au-delà de la seule détresse économique: le nouveau système de vote entre les participants accentue les lignes de fracture et sert de satire des divisions politiques et sociales contemporaines.
Même sans série américaine supervisée par David Fincher, Squid Game reste enfin une marque qui continue de s’étendre. Netflix a confirmé une troisième saison, et l’émission dérivée Squid Game: The Challenge a elle aussi été renouvelée pour une saison 2, toujours selon Netflix.
La réception de cette saison 2 a été plus partagée que celle de la première. Certains continuent de saluer la tension et les personnages; d’autres trouvent l’ensemble plus répétitif ou moins saisissant. Sur le plan commercial, en revanche, la machine reste redoutable: selon Netflix, la saison s’est installée en tête des classements Netflix dans 93 pays quelques jours après sa sortie. Le projet américain a peut-être disparu, mais Squid Game n’a clairement pas dit son dernier mot.