La NASA est sur le point de remettre la capsule habitée Starliner de Boeing au centre du jeu. D’après l’agence spatiale américaine, elle devrait commander deux missions habitées de plus, contribuer au financement des corrections apportées aux propulseurs et aider à certifier la capsule sur une nouvelle fusée, l’Atlas V arrivant en fin de carrière. Au fond, le pari est simple : éviter de se retrouver durablement à la merci de SpaceX pour envoyer régulièrement des équipages américains vers la Station spatiale internationale (ISS).
Derrière cette décision, il y a surtout une préoccupation stratégique. La NASA ne veut pas s’installer dans une dépendance de long terme vis-à-vis de SpaceX pour l’accès régulier de ses astronautes à l’ISS. Le programme Commercial Crew avait été bâti sur une idée très claire : ne jamais se retrouver avec un seul opérateur. Dans les faits, c’est pourtant exactement ce qui est arrivé.
Aujourd’hui, Crew Dragon de SpaceX est le seul vaisseau réellement opérationnel pour assurer les rotations régulières d’astronautes vers la station, d’après la NASA. SpaceX a déjà mené 13 missions habitées de la NASA vers l’ISS, et un nouveau vol est prévu en octobre, toujours selon l’agence.
Le souci, c’est que SpaceX a laissé entendre, aussi bien dans ses échanges avec la NASA que dans ses prises de parole publiques, que Dragon pourrait être retiré aux alentours de 2030 pour laisser plus de place à Starship et à d’autres priorités commerciales. Dit autrement, même si Dragon domine largement aujourd’hui, la NASA ne peut pas construire la suite en partant du principe que ce véhicule restera disponible indéfiniment.
Dans ces conditions, maintenir Starliner à flot ressemble presque à une obligation. La capsule de Boeing doit encore prouver qu’elle peut remplir sa mission de façon fiable, mais à court terme, c’est la seule autre option américaine qui tienne vraiment la route.
Le premier vol d’essai habité de Starliner, lancé le 5 juin 2024, a pourtant viré au cauchemar. Au moment de l’approche de l’ISS, plusieurs fuites d’hélium ont été repérées et 5 des 28 propulseurs de contrôle d’attitude sont tombés en panne, selon la NASA. La capsule a finalement regagné la Terre sans équipage le 7 septembre 2024, toujours d’après la NASA, pendant que ses astronautes devaient rentrer à bord d’un Crew Dragon de SpaceX.
Et la suite a été encore plus gênante pour Boeing. La NASA a classé cet essai comme un « incident de type A », soit sa catégorie de sécurité la plus sévère. L’examen publié par l’agence en février 2026 ne s’est pas arrêté à des problèmes matériels : il a aussi mis en cause des faiblesses de conception et d’ingénierie, des erreurs de management, une culture de sécurité abîmée, de la défiance en interne et des comportements jugés non professionnels, aussi bien chez Boeing qu’à la NASA.
Le plus frappant, c’est que malgré ce constat et malgré l’écart industriel devenu très visible avec SpaceX, la NASA n’a pas vraiment de porte de sortie. L’agence indique avoir versé environ 5,1 milliards de dollars à Boeing, contre 3,1 milliards à SpaceX pour le développement et la certification. Le contrat accordé à Boeing en 2014 s’élevait à 4,2 milliards, contre 2,6 milliards pour SpaceX, toujours selon la NASA.
Et pourtant, c’est bien Crew Dragon de SpaceX qui s’est imposé comme le service opérationnel de référence. La NASA précise d’ailleurs que la feuille de route de Starliner a été ramenée de six à quatre missions habitées garanties, avec deux options supplémentaires. Quant à la prochaine étape, Starliner-1, il ne s’agirait plus d’un vol habité classique, mais d’une mission cargo sans équipage, au plus tôt en avril 2026, pour valider les modifications, selon l’agence.
En clair, la NASA ne relance pas Starliner parce que tout va bien. Elle le relance parce que perdre son unique solution de rechange pour le transport d’astronautes représenterait un risque plus grand encore.
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Author: Manuel Bosque
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