Treize ans après le tollé suscité par Man of Steel en 2013, Supergirl remet chez DC une polémique presque identique sur le devant de la scène, à cause de son dernier acte. Kara Zor-El, alias Supergirl, y tue Krem of the Yellow Hills d’un coup de couteau dans le cou, après en être arrivée à une conclusion simple: tant qu’il reste en vie, il représente un danger mortel pour des innocents.
La vieille question revient donc, intacte ou presque, et les fans ne l’ont jamais vraiment tranchée: un héros kryptonien peut-il donner la mort sans renier ce qu’il incarne? Le débat prend encore plus de place ici, puisque Supergirl compte parmi les premiers vrais repères du nouveau DC Universe.
Le parallèle avec Man of Steel ne tient pas seulement au fait qu’un Kryptonien y tue son adversaire. Dans les deux films, le ressort moral est le même. Le héros considère qu’il n’a plus d’autre issue face à un ennemi jugé à la fois irrécupérable et dangereux dans l’instant.
C’est ce raisonnement, justement, qui avait valu à Zack Snyder et à son Superman une contestation durable. Une partie du public voyait dans ce geste une décision tragique, prise pour sauver des vies. Une autre y lisait une rupture nette avec le code moral du personnage. Supergirl rouvre pratiquement la même fracture, cette fois avec Kara Zor-El au centre.
Et le plus frappant, c’est que ce choix n’existe pas dans le comics d’origine. Dans Supergirl: Woman of Tomorrow de Tom King, Krem est épargné. L’adaptation a donc choisi, en pleine conscience, de durcir sa conclusion. L’un des moments les plus forts du matériau original devient ici une exécution, pure et simple.
Craig Gillespie, à la réalisation, et Ana Nogueira, au scénario, ont expliqué pendant la promotion que cette fin faisait partie du projet dès le début. Leur idée était de montrer une Supergirl plus meurtrie, plus dure, façonnée par le traumatisme et par la perte.
Sur le principe, ça permet de distinguer Kara Zor-El d’un Superman plus classique. Dans les faits, le résultat a surtout rallumé une querelle que DC connaît par cœur.
La polémique n’a d’ailleurs rien arrangé pour un film qui partait déjà avec un accueil mitigé. Beaucoup de critiques ont pointé cette fin du doigt, ainsi que plusieurs choix créatifs jugés maladroits. À l’inverse, la performance de Milly Alcock fait partie des rares éléments à avoir suscité un accord un peu plus large.
Et côté box-office, le tableau est encore plus clair. Supergirl a engrangé environ 126,4 millions de dollars dans le monde, d’après les chiffres disponibles, pour un budget de production estimé entre 170 et 186 millions. Avant même de compter une campagne marketing qui aurait dépassé les 100 millions, le film semblait déjà très loin du seuil de rentabilité.
Les résultats à l’international ont encore renforcé les inquiétudes. Le film a déçu sur plusieurs marchés clés, avec notamment l’un des démarrages les plus faibles de DC au Japon ces dernières années, et le pire lancement du studio au Brésil depuis 26 ans.
On n’est donc plus dans un simple débat de fans. En faisant d’un acte létal le sommet à la fois narratif et moral de son histoire, le film fixe un précédent sur la façon dont le DC Universe piloté par James Gunn compte traiter ses héros.
La question dépasse Kara Zor-El. Elle touche à la tonalité même de ce nouveau DC: veut-on des icônes inspirantes, avec des lignes rouges nettes, ou des figures plus ambiguës, prêtes à franchir l’irréversible? Avec Supergirl, DC ne s’est pas contenté de raconter une histoire qui divise. Le studio a rouvert une plaie que Man of Steel n’avait jamais vraiment refermée.
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