À l’heure où ces lignes sont écrites, la juge fédérale de New York Jennifer L. Rochon a temporairement interdit à l’administration Trump d’utiliser l’argent du département américain de la Sécurité intérieure pour diffuser des publicités télévisées à la gloire du président Donald Trump. D’après l’ordonnance provisoire qu’elle a signée, cette mesure s’applique pendant 14 jours et contraint aussi l’administration à annuler le reste d’un achat d’espaces publicitaires d’environ 20 millions de dollars, financé par les contribuables.
Au centre de l’affaire, Common Cause, Robert Hunter, le SEIU Local 32BJ et l’Empire State 32BJ SEIU PAC reprochent à la Maison-Blanche d’avoir habillé de communication d’intérêt public ce qui relevait, selon eux, de la promotion politique. Leur plainte soutient que ces spots étaient ouvertement favorables à Donald Trump et qu’ils n’auraient jamais dû être réglés avec des fonds fédéraux.
L’un de leurs arguments les plus frappants concerne la ressemblance entre l’une des publicités visées et un spot de campagne Trump 2024, que les plaignants présentent comme presque identique.
Dans son ordonnance, la juge Jennifer L. Rochon estime que les plaignants ont démontré des chances sérieuses de l’emporter sur le fond, qu’ils couraient un risque de préjudice irréparable sans injonction, que la balance des intérêts penchait en leur faveur et que l’intérêt public justifiait l’arrêt immédiat de la campagne.
L’administration Trump, elle, présentait ces vidéos comme de simples messages d’intérêt public. Leurs opposants, rejoints par plusieurs experts juridiques cités dans le débat, y voient plutôt une possible entorse aux règles fédérales qui interdisent d’utiliser des crédits publics à des fins de « publicité ou propagande ».
La polémique a aussi pris de l’ampleur à cause du calendrier et du ton des spots. D’après les pièces versées au dossier, ils ont commencé à être diffusés en septembre 2026, à l’approche des élections de mi-mandat, et reprenaient des thèmes bien connus des meetings de Donald Trump, avec des mises en garde contre le « communisme », le « socialisme » et le « marxisme ».
Fait assez étrange, le département américain de la Sécurité intérieure avait déjà indiqué au tribunal que les publicités ne seraient plus diffusées après dimanche. Donald Trump a aussi affirmé que MAGA Inc. prendrait ensuite le relais pour financer la campagne.
À ce stade, aucune réponse nette n’a été donnée sur un éventuel remboursement des dépenses déjà engagées. Nous vous tiendrons informés.
Reste qu’il faut garder une réserve : la décision de la juge Jennifer L. Rochon ne tranche pas définitivement le fond du dossier.
Cette procédure s’inscrit dans une série de controverses sur la frontière, parfois ténue, entre communication institutionnelle et promotion partisane. Il existe d’ailleurs un précédent, autour d’une campagne liée au Covid-19 menée en 2020 par le département de la Santé, que le Government Accountability Office avait rattachée à des interférences politiques et à un usage inapproprié de l’argent public. En attendant la suite, Jennifer L. Rochon met un coup d’arrêt, au moins provisoire, à une campagne déjà explosive à quelques semaines d’une échéance électorale particulièrement sensible.