Indiana Jones et le Cadran de la destinée, cinquième épisode de la saga mis en scène par James Mangold, ressemble aujourd’hui moins à un blockbuster venu flatter la nostalgie qu’à une conclusion qui tient debout. Et, surtout, à un vrai dernier tour de piste pour Harrison Ford dans la peau d’Indiana Jones.
Vendu comme l’un des grands rendez-vous de l’été, le film n’a ni le prestige intouchable des classiques signés Steven Spielberg, ni l’étrange curiosité qui entourait Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal. En revanche, il sait très bien ce qu’il vient faire là : refermer la parenthèse pour Harrison Ford.
La critique, elle, est restée plutôt réservée après l’accueil tiède de Cannes. Le plus parlant, c’est peut-être cet écart sur Rotten Tomatoes : 68 % du côté de la presse, contre 88 % chez le public. Tout est là, ou presque. Un épisode jugé irrégulier, parfois bancal, mais qui a fini par mieux passer auprès des spectateurs que ce que son lancement laissait présager.
Au box-office, en revanche, c’était une autre histoire. Avec un budget estimé entre 295 et 419 millions de dollars, la barre était bien trop haute. Le film a terminé sa course autour de 384 millions de recettes mondiales, dont 174,5 millions en Amérique du Nord et 209,5 millions à l’international, d’après Box Office Mojo.
Le récit retrouve un Indiana Jones usé par les années, tout près de la retraite, lesté de regrets qui le rattrapent. Harrison Ford, de son côté, n’a jamais entretenu le doute : il a répété qu’il s’agissait bien de sa dernière apparition dans le rôle.
L’intrigue s’articule autour de l’Anticythère, un artefact attribué à Archimède, ici présenté comme un mécanisme capable de repérer des fissures dans le temps. Indiana Jones s’allie à sa filleule Helena Shaw pour empêcher Jürgen Voller, ancien scientifique nazi récupéré par le programme spatial américain, de réécrire l’Histoire à sa manière.
Ce détour par la science-fiction sert surtout un film hanté par le temps qui passe, la vieillesse, et cette envie absurde mais tenace de réparer ce qui est déjà perdu. Pour une franchise bâtie sur l’élan de l’aventure, le ton tire davantage vers la mélancolie que vers le pur spectaculaire.
Le morceau le plus réussi reste l’ouverture pendant la Seconde Guerre mondiale, à bord d’un train nazi bourré d’objets pillés. Indiana Jones y cherche la Lance de Longinus et met la main sur la moitié de l’Anticythère. En quelques minutes, la séquence retrouve le souffle des grands films de la série et installe clairement le lien entre Indiana Jones et Jürgen Voller.
Cette entrée en matière montre aussi l’un des usages du rajeunissement numérique les plus convaincants vus chez Disney. Tout n’est pas irréprochable selon les plans ou les angles, mais l’ensemble fonctionne grâce à l’engagement de Harrison Ford et à une mise en scène qui mise d’abord sur le mouvement.
Face à lui, Mads Mikkelsen livre exactement le type de méchant qu’on attend dans un Indiana Jones : arrogance intellectuelle, passé nazi, ambition sans mesure. Le film n’a sans doute pas relancé la franchise. En revanche, il offre à Harrison Ford une sortie plus digne, et plus pensée, que ce qu’on a souvent voulu dire.
À l’heure où ces lignes sont écrites, la suite de la franchise reste difficile à lire. Indiana Jones et le Cadran de la destinée aurait attiré autour de 533 000 foyers américains sur Disney+ lors de ses trois premiers jours, d’après Samba TV, tandis que la saga est presque entièrement disponible sur Prime Video, à l’exception du Cadran de la destinée.
Pour l’instant, Lucasfilm n’a annoncé officiellement aucun nouveau projet pour relancer la licence. Une série animée évoquée en coulisses aurait été abandonnée, et un possible spin-off centré sur Helena Shaw en est encore au stade des rumeurs. Mieux vaut donc rester prudent. On suivra ça de près.
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