Au moment où nous écrivons, la phrase attribuée à Elon Musk, patron de Tesla, sur la « distribution gratuite de pain » et le remplacement de chaque travailleur par un robot ne peut pas être tenue pour une citation authentifiée. Aucune source solide ne permet, à ce jour, d’en confirmer l’origine. Tout indique plutôt une formule satirique, d’autant que de fausses citations et des montages attribués à Elon Musk circulent sans arrêt en ligne. Prudence, donc.
La formule, elle, résume de façon volontairement provocatrice plusieurs idées qu’Elon Musk a déjà exprimées publiquement, mais en les poussant jusqu’à la caricature.
Et c’est bien ce qui complique les choses. Elon Musk fait partie des figures les plus citées du monde tech, et aussi des plus déformées. Une phrase virale peut être prise pour une déclaration réelle en un rien de temps, surtout quand elle colle à l’image que le public se fait de lui. Nous vous tiendrons informés.
Sur le fond, la citation fait quand même écho à des positions très réelles. Dans des interventions publiques récentes, Elon Musk a rapproché la dépendance aux aides de l’État du système de « distribution gratuite de blé » dans la Rome antique, qu’il a présenté comme l’un des éléments de son déclin. Et, depuis des années, il répète dans ses prises de parole que les logiciels autonomes et la robotique pourraient faire disparaître la majorité des emplois au cours des deux prochaines décennies.
Dans cette perspective, le travail ne s’effacerait pas complètement, mais il deviendrait plus souvent un choix, lié au sens, au statut social ou à l’épanouissement personnel, qu’une obligation pour vivre. C’est là que son discours se tend. D’un côté, Elon Musk met en garde contre une société trop dépendante des transferts publics ; de l’autre, il explique qu’une économie poussée très loin dans l’automatisation pourrait rendre nécessaire une redistribution massive de la richesse produite par les machines.
Il a d’ailleurs défendu, dans plusieurs déclarations publiques, l’idée d’un « revenu universel élevé », au-delà du simple revenu universel de base. Selon lui, si l’abondance devient suffisante, chacun pourrait avoir ses besoins couverts au point que l’argent perde une part de son rôle central dans la vie quotidienne.
Cette vision passe en grande partie par Optimus, le robot humanoïde de Tesla. Musk le présente comme un futur outil polyvalent, pensé pour remplacer l’humain dans un grand nombre de tâches. Il est même allé jusqu’à avancer publiquement que la robotique pourrait représenter jusqu’à 80 % de la valeur de long terme de Tesla.
Mais l’histoire récente de Tesla rappelle aussi ce que coûte une automatisation menée trop loin, trop vite. En 2018, après les retards de production de la Tesla Model 3, Elon Musk avait reconnu que « l’automatisation excessive chez Tesla était une erreur » et que « les humains sont sous-estimés ». Des chaînes de production trop complexes et certains systèmes robotisés avaient alors ralenti la fabrication au lieu de l’accélérer, d’après ses propres déclarations publiques.
Ce qui frappe, d’ailleurs, c’est l’écart entre les annonces spectaculaires sur la fin du travail et la méthode désormais appliquée dans l’usine Tesla, bien plus prudente. Depuis, l’approche industrielle de Musk s’est resserrée autour d’un ordre simple : d’abord remettre le processus en question, ensuite le simplifier, puis l’accélérer, et seulement après l’automatiser.
Le débat, lui, reste entier. Pour ses partisans, Elon Musk alerte sur un bouleversement inévitable du marché du travail. Pour ses détracteurs, il minimise les obstacles techniques, les risques d’inégalités et la difficulté de construire un système réellement juste dans une économie dominée par les robots.