Depuis le 15 mai 2025, la saison 4 de « Love, Death & Robots » est en ligne sur Netflix. Cette anthologie pour adultes, imaginée par Tim Miller et produite par David Fincher, continue d’abriter un épisode dont on parle encore beaucoup. D’après Netflix, « Jibaro », segment du volume 3 long de 17 minutes et dépourvu de dialogue parlé, s’est imposé comme l’un des plus commentés, à cause de son impact visuel et de sa façon de raconter une tragédie entière par le mouvement, le son et la mise en scène.
« Jibaro » compte aussi parmi les meilleurs arguments pour défendre l’existence même de cette série pour adultes créée par Tim Miller et produite par David Fincher, toujours selon Netflix.
« Love, Death & Robots » peut passer du cyberpunk à l’horreur cosmique, puis filer vers la satire ou la fantasy noire, sans se fixer une identité visuelle unique. C’est d’ailleurs ce qui lui donne une place un peu à part dans le catalogue Netflix, surtout quand la série ose un objet aussi radical que « Jibaro ».
Diffusé dans le volume 3, l’épisode raconte, selon Netflix, l’histoire d’un chevalier sourd qui échappe au chant meurtrier d’une sirène couverte d’or et de bijoux. Tous les autres hommes tombent sous l’effet de sa voix. Lui, non. À partir de là, leur rencontre bascule aussitôt dans un jeu de fascination, puis dans une relation destructrice où se mêlent désir, cupidité, dépendance et destruction mutuelle.
C’est là que l’épisode frappe fort. Son point de départ est simple, mais il suffit. Sans la moindre exposition verbale, « Jibaro » fait saisir en quelques minutes qui domine, qui convoite, qui manipule, et qui finit par se perdre. Le récit ne s’embarrasse pas de héros. Il montre deux figures emportées dans une spirale toxique dont personne ne sort intact.
L’une des grandes qualités de « Love, Death & Robots », au fond, tient à ce refus constant de la formule. Chaque épisode vit seul, avec son ton, sa technique d’animation, et parfois même son genre propre: science-fiction pure, horreur, comédie absurde, philosophie spéculative ou dystopie futuriste.
C’est en grande partie ce goût du risque qui a construit la réputation de « Love, Death & Robots ». Beaucoup de productions de streaming cherchent aujourd’hui une identité immédiatement reconnaissable. La série, elle, préfère les chocs de style. Le volume 3, qui comprend « Jibaro », a d’ailleurs obtenu 100 % du côté des critiques sur Rotten Tomatoes. La saison 4 a gardé ce même score, toujours selon Rotten Tomatoes, même si l’accueil du public s’est révélé plus partagé sur la même plateforme.
L’épisode mis en scène par Alberto Mielgo repose sur un mélange troublant d’hyperréalisme et d’expressionnisme pictural. La motion capture, portée par de vrais acteurs et danseurs d’après Netflix, donne aux corps une présence physique rare. Presque agressive, parfois.
Le langage passe alors ailleurs. Par les regards, par les gestes, par la chorégraphie, par les ruptures de point de vue, et surtout par l’écart entre le cri de la sirène et le silence du chevalier. Netflix rapporte qu’Alberto Mielgo voit « Jibaro » comme l’histoire d’une relation toxique où aucun des deux personnages ne vient sauver l’autre. Pour lui, le vrai sujet n’est pas l’audition au sens littéral. Ce qui l’intéresse, c’est la capacité à « écouter » les signaux d’alerte avant qu’il ne soit trop tard.
Ce n’est pas la première fois qu’Alberto Mielgo marque les esprits dans la série. Son épisode « The Witness » avait déjà été salué pour son usage minimal du dialogue. Mais avec « Jibaro », il pousse cette logique bien plus loin, au point que l’épisode revient souvent dans les discussions comme une démonstration de narration purement visuelle.
Ce qui est assez frappant, c’est que malgré sa notoriété, « Love, Death & Robots » suscite encore peu d’analyses vraiment fouillées sur ses techniques de récit sans parole. La critique non anglophone, elle aussi, reste assez limitée sur ce terrain. Même constat pour la réception de l’épisode auprès des spectateurs sourds et malentendants, alors que l’écoute se trouve précisément au centre de ce qu’il raconte.
Suivez-moi sur Twitter: @pierrevitre