Nvidia a recommencé, ces derniers jours, à expédier vers la Chine ses premières puces H200 dans le cadre du nouveau système d’autorisations mis en place par Washington, d’après Reuters. Ce redémarrage des livraisons met bien un terme à plusieurs mois de blocage commercial. En revanche, il ne change pas encore, à ce stade, les grands équilibres financiers du groupe.
Au deuxième trimestre, Nvidia précisait que la Chine pesait pour moins de 1 % des 89 milliards de dollars générés par son activité de centres de données. Et pour le troisième trimestre, sa prévision de 108 milliards de dollars repose toujours sur la même hypothèse : la Chine n’apportera pas de contribution significative.
Les H200 qui repartent aujourd’hui vers la Chine ne correspondent pas non plus aux versions les plus puissantes écoulées ailleurs, toujours selon Reuters. Ce sont des modèles ajustés pour rester dans les clous des règles américaines à l’export, avec des autorisations délivrées au cas par cas. Dans ce cadre très serré, des groupes technologiques chinois comme ByteDance ou Tencent peuvent à nouveau être servis.
Reuters rapportait aussi ces derniers jours que Pékin demanderait qu’une large part de ces puces soit installée en dehors de la Chine continentale, surtout à Hong Kong.
Nvidia rouvre donc bien une voie commerciale, mais elle reste étroite. D’après les analystes cités par Reuters, l’effet à court terme devrait demeurer limité, d’autant que les restrictions américaines ont déjà conduit les entreprises chinoises à accélérer le développement de leurs propres alternatives.
Toujours selon des estimations relayées par Reuters, les fournisseurs locaux pourraient répondre à jusqu’à 90 % de la demande intérieure dans les prochaines années. Dans le même temps, Huawei monte en puissance sur la production et s’impose de plus en plus comme un acteur à surveiller de près. Cette reprise partielle des ventes de Nvidia ressemble davantage à une bouffée d’air tactique qu’à un véritable retour en force, même si l’entreprise garde une longueur d’avance sur le plan technologique.
Pendant ce temps, l’Union européenne cherche elle aussi à reprendre la main sur les infrastructures critiques. Reuters évoque un plan pouvant atteindre 30 milliards d’euros pour financer jusqu’à sept « gigafactories », chacune en mesure d’héberger plus de 100 000 puces avancées. Bruxelles viserait autour de 10 milliards d’euros d’argent public ; le reste, soit près de 20 milliards, devrait venir d’investisseurs privés.
Prudence, quand même. Une bonne partie de ces financements, toujours selon Reuters, n’est pas encore sécurisée.
Des projets circulent déjà en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne, aux Pays-Bas, en Finlande et au Portugal, rapporte Reuters. Mais l’Europe avance avec plusieurs handicaps bien connus : un coût de l’électricité souvent plus élevé qu’aux États-Unis et en Chine, une dépendance encore forte aux fournisseurs cloud américains, et la difficulté à faire venir des capitaux massifs dans une course mondiale devenue hors de prix.
Entre une Chine qui s’organise pour contourner les restrictions et une Europe qui tente de combler son retard, la bataille autour des puces et des centres de données ne se joue plus seulement sur la puissance brute. Elle se joue aussi sur la géopolitique et sur l’argent.
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