Sylvester Stallone publie aujourd’hui ses mémoires, « Steps ». C’est un livre très personnel sur sa vie, sa carrière, et sur le prix physique qu’il dit avoir payé pour la célébrité. Dès sa sortie, l’ouvrage remet sur la table un sujet sensible à Hollywood : celui des corps « impossibles » qu’affiche le cinéma.
Le récit revient de près sur son parcours, entre ascension fulgurante, revers parfois brutaux et usure du corps. Et il y a autre chose. Au-delà du strict cadre autobiographique, le livre attire aussi l’attention parce qu’il paraît à un moment où la représentation du corps à l’écran se retrouve, une fois encore, au centre des discussions.
Parmi les fils conducteurs de « Steps », il y a bien sûr la genèse de « Rocky », presque cinquante ans après la sortie du film qui a fait basculer la vie de Stallone. Il replonge dans cette période où il cherchait encore sa place à Hollywood, bien avant que le succès inattendu du long métrage ne le propulse au rang de star mondiale.
Ce passage par les années de galère a aussi occupé une bonne place dans sa tournée promotionnelle. Pour accompagner la sortie du livre, Stallone a pris part à un entretien public d’environ cinquante minutes organisé par le 92nd Street Y, à New York, avec la journaliste Tracy Smith. L’échange a remis en pleine lumière des débuts chaotiques, longtemps rythmés par les refus, avant que « Rocky » ne devienne un phénomène culturel.
Le livre paraît aussi dans le sillage d’autres déclarations très commentées sur son rapport au corps à l’écran. Stallone a raconté avoir eu recours à des stéroïdes pour « Rocky III », et il soutient que les physiques extrêmement découpés associés aux blockbusters de super-héros sont rarement obtenus naturellement.
Sa phrase a immédiatement fait réagir. Selon lui, « personne n’y arrive sans additifs ni drogues, point final ». En disant les choses aussi franchement, l’acteur donne du poids à une idée dont on parle souvent à voix basse dans le milieu, mais qu’une star de cette envergure assume rarement aussi clairement.
Et ses propos vont plus loin qu’un simple aveu personnel. Stallone relie cette quête du corps parfait à une pression presque obsessionnelle autour de l’image, à des comportements alimentaires destructeurs, jusqu’à la boulimie, et à des dégâts durables sur le corps. Il a lui-même évoqué de multiples opérations, ainsi que le prix payé pour conserver une apparence considérée comme vendable à l’écran.
Reste qu’il faut garder la tête froide. En l’absence d’études vraiment solides, le débat repose encore en grande partie sur des témoignages et sur des estimations.
Le Dr Todd Schroeder, de l’University of Southern California (USC), avance que 50 % à 75 % des acteurs de films de super-héros pourraient avoir recours à une forme de produits dopants. À ses yeux, cela reflète à la fois une pression industrielle très forte et des délais de transformation qui tiennent de l’irréaliste. Dans le milieu, cette pratique est d’ailleurs souvent décrite comme un secret de Polichinelle.
D’autres acteurs, parmi lesquels Frank Grillo, ont fait publiquement des remarques qui vont dans le même sens. Mais malgré l’ampleur des soupçons, les données formelles restent peu nombreuses, et les grands studios comme les vedettes concernées continuent, le plus souvent, d’esquiver les réponses détaillées.
Avec « Steps », Sylvester Stallone ne raconte donc pas seulement sa propre légende. Il rouvre aussi une discussion très actuelle sur ce que l’industrie du divertissement exige, en réalité, du corps de ses stars.