Trump soutient Flock Safety : le débat sur les caméras de plaques se durcit

Donald Trump a récemment affiché son soutien aux caméras automatiques de lecture de plaques d’immatriculation de Flock Safety, une entreprise américaine spécialisée dans la surveillance routière. À ses yeux, ces dispositifs rendent service aux forces de l’ordre, même s’il reconnaît qu’une partie des Américains y voit une atteinte directe à la vie privée. Et le sujet est déjà explosif: dans plusieurs villes des États-Unis, ces caméras alimentent des affrontements politiques, juridiques et très locaux.

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Leurs partisans disent qu’elles font gagner un temps précieux dans les enquêtes. Les opposants, eux, y voient autre chose: la banalisation d’une surveillance de masse qui suit les déplacements de conducteurs n’ayant pourtant aucun lien avec un crime.

Flock Safety s’est imposé comme l’un des poids lourds du secteur aux États-Unis. D’après l’entreprise, son réseau dépasse désormais les 120 000 caméras et produit chaque mois des milliards de lectures de plaques.

Toujours selon Flock Safety, son système aurait aidé dans plus d’un million d’enquêtes criminelles en 2025 et permis de retrouver plus de 10 000 personnes disparues. C’est exactement l’argument sécuritaire mis en avant par Donald Trump: davantage d’outils, davantage de données, davantage d’interpellations. Cette position s’inscrit aussi dans une ligne plus large, celle d’un soutien appuyé aux technologies de sécurité et aux grandes infrastructures numériques, régulièrement présentées comme des instruments de puissance économique et de sécurité nationale.

Le reproche central porte pourtant sur la logique même de ces dispositifs. Ils enregistrent les trajets d’un nombre immense de véhicules, y compris ceux de personnes qui ne sont visées par aucune enquête. L’American Civil Liberties Union (ACLU) estime que cette collecte se fait souvent sans mandat, sans motif plausible et sans soupçon raisonnable, avec un risque très concret pour la liberté de circulation et d’association.

Et les inquiétudes ne s’arrêtent pas à la seule question de la vie privée. Plusieurs rapports ont aussi relevé des erreurs d’identification, parfois suivies de contrôles ou d’interventions injustifiées. D’autres ont documenté des usages abusifs par des policiers, pour des raisons personnelles, parfois même dans des situations de harcèlement. Bref, mieux vaut rester prudent.

Au niveau local, le débat reste profondément divisé. D’après un sondage YouGov réalisé en août, 46 % des personnes interrogées se disaient opposées à l’usage de cette technologie par les forces de l’ordre près de chez elles, contre 38 % qui s’y montraient favorables.

Sur le terrain, des conseils municipaux et des autorités locales discutent activement d’une extension, d’un gel ou d’un retrait de ces dispositifs, notamment dans certaines localités de la région de Houston, à Toledo et à Kyle. Certaines agences ont déjà appuyé sur le frein: le département de police de Los Angeles a mis fin à certains accords liés à Flock Safety, ou les a suspendus, dans un contexte de désaccords sur la propriété des données, le partage des informations et la pression politique locale.

À l’étranger, le Royaume-Uni encadre des systèmes comparables dans un cadre légal spécifique. L’Union européenne, comme plusieurs provinces canadiennes, impose en général des limites plus strictes sur la collecte, la conservation et le traitement des données. Le soutien de Donald Trump risque maintenant de durcir encore un débat qui l’était déjà assez.

Author: Manuel Bosque

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