Les fans et les commentateurs commencent sérieusement à tiquer sur la façon dont les éditeurs traitent la licence X-Men dans le jeu vidéo. Entre Marvel’s Wolverine chez Insomniac Games et cette impression qu’une adaptation braquée sur un seul héros manque ce qui fait l’âme des mutants, la discussion prend de l’ampleur.
La question dépasse largement le simple cas de Marvel’s Wolverine. Au fond, elle est ailleurs : est-ce qu’on doit encore ramener les mutants à un nouveau jeu d’action construit autour de Logan, alias Wolverine, ou est-ce qu’il serait temps d’imaginer des expériences capables de faire sentir ce que sont vraiment les X-Men, c’est-à-dire la vie à l’Institut Xavier, la gestion d’une équipe bancale et brillante à la fois, les tensions politiques autour des mutants, et cette idée de « famille choisie » que les adaptations vidéoludiques laissent souvent de côté ?
Les X-Men n’ont pourtant rien de novices dans le jeu vidéo. D’après le Guinness World Records, le groupe détient même le record du plus grand nombre de jeux vidéo tirés d’une équipe de super-héros.
Le problème, c’est que ce catalogue part un peu dans tous les sens. On y trouve des titres devenus des références, comme le beat’em up arcade de Konami sorti en 1992 ou la série X-Men Legends, et d’autres beaucoup moins aimés, à commencer par X-Men: Destiny en 2011.
Et quand la conversation repart, c’est presque toujours X-Men Legends qui revient sur la table.
Pour beaucoup de joueurs, cette série avait mieux saisi l’univers X-Men que la plupart des adaptations récentes. On y retrouvait une équipe, des pouvoirs qui se complètent, de vraies synergies, et des personnages qui comptaient autant pour ce qu’ils faisaient en combat que pour les liens qu’ils entretenaient entre eux. Dit autrement, le cœur de la licence ne réside pas forcément dans la force brute d’un héros isolé, mais dans ce que produit le collectif.
Marvel’s Wolverine remet d’ailleurs ce vieux sujet au premier plan. Le jeu d’Insomniac Games intrigue pour son ton, son histoire et sa violence assumée, mais il traîne aussi derrière lui des critiques sur une structure jugée trop linéaire et sur des mécaniques que certains trouvent datées, en particulier certaines idées de pistage, comme les traces olfactives.
Ça ne veut pas dire qu’un jeu Wolverine est une mauvaise idée. Pas du tout. Plusieurs développeurs et observateurs estiment même qu’un titre solo colle très bien au savoir-faire d’Insomniac Games.
D’autres, en revanche, rappellent qu’en sortir Logan du reste des mutants, on lui enlève aussi une part essentielle de son cadre. Le même raisonnement revient souvent pour Storm, Nightcrawler, Rogue ou Gambit, que les fans imaginent volontiers au centre de jeux dédiés, chacun dans un genre différent.
Le plus intéressant, curieusement, n’est peut-être pas là.
L’idée la plus fraîche n’est pas un autre jeu d’action, mais un jeu de gestion de l’Institut Xavier pour jeunes surdoués.
Sur le papier, ça peut sembler inattendu. Pourtant, cette proposition met le doigt sur un vrai manque. Quand on parle de jeux X-Men, les discussions tournent presque toujours autour des affrontements et des personnages les plus populaires, beaucoup plus rarement autour de mécaniques capables de faire exister les thèmes sociaux, éducatifs et politiques de l’univers mutant. Gérer les élèves, recruter des professeurs, maintenir un équilibre entre sécurité et intégration, répondre aux crises médiatiques ou aux attaques anti-mutants : une simulation de ce type pourrait enfin donner une forme jouable à tout ce que les comics racontent depuis des décennies.
Cette piste attire d’autant plus l’attention que, d’après des documents ayant fuité, Insomniac Games disposerait des droits exclusifs sur les personnages X-Men jusqu’en 2035. Et lors de la fuite de données survenue en 2023, il était aussi question d’un jeu consacré aux X-Men prévu autour de 2030, possiblement dans le même univers que Spider-Man et Wolverine.
Pour l’instant, tout ça reste au stade de la fuite. Mieux vaut garder la tête froide.
Il y a aussi une autre limite : la plupart des analyses sur le sujet restent très américaines, alors qu’une licence aussi mondiale gagnerait sans doute à être repensée par des studios et des sensibilités plus internationales. Si les X-Men doivent vraiment revenir en force dans le jeu vidéo, le pari n’est peut-être pas de trouver quel mutant mettre en avant, mais de choisir le bon format. On suivra ça de près.