D’après plusieurs révélations qui se recoupent, Meta avait bien préparé un second plan de licenciements pour novembre après une première vague de 10 % en mai. Mais Mark Zuckerberg l’aurait finalement stoppé. En coulisses, l’entreprise aurait quand même travaillé sur une réorganisation beaucoup plus brutale, avec, dans certaines équipes, des coupes pouvant aller jusqu’à 60 %.
Le projet portait un nom, « Project OT ». Toujours d’après ces différentes révélations, l’idée était de refondre Meta autour d’outils automatisés, avec moins d’échelons managériaux, davantage de petites équipes humaines, et des agents logiciels chargés de prendre en main une part de plus en plus large du travail.
Sur le principe, le plan tenait en quelques lignes : aplatir la hiérarchie, remplacer une partie des tâches spécialisées par des profils plus polyvalents, des « builders », et s’appuyer sur des systèmes capables d’agir avec une autonomie plus grande.
Dans cette logique, les équipes, plus réduites, n’auraient plus eu vocation à fabriquer elles-mêmes chaque composant. Elles auraient surtout piloté les outils, corrigé ce qu’ils produisent, gardé un œil dessus. Pour Meta, l’intérêt était double, et très concret : aller plus vite sur le développement produit tout en réduisant la masse salariale.
Le plus surprenant, c’est que les gains observés en interne n’auraient pas eu d’équivalent côté produit.
D’après les chiffres qui ont circulé, les modifications de code assistées par ces outils auraient bondi de 220 %. Mais, du côté des fonctionnalités réellement livrées aux utilisateurs, la hausse n’aurait été que de 36 %.
En clair, Meta aurait vu l’activité interne exploser sans que cela se traduise par une création de valeur comparable sur ses services.
Et ce n’est pas tout. Cette phase de test aurait aussi coïncidé, toujours selon ces révélations, avec une hausse de 40 % des incidents techniques et des problèmes de sécurité les plus sérieux.
Plus préoccupant encore, le temps mobilisé par les salariés pour régler ces incidents aurait, lui, grimpé de 70 %. Dans le même temps, la part des employés disant avoir une opinion favorable de l’entreprise en interne serait passée de 74 % à 55 %. En cause, entre autres, des logiciels chargés d’enregistrer les frappes au clavier et les mouvements de souris afin de récolter des données destinées à entraîner les systèmes maison.
Pour beaucoup, difficile de ne pas y voir un outil capable d’accélérer l’automatisation de leur propre poste.
Au moment où nous écrivons, Meta n’a pas confirmé publiquement ces éléments dans le détail. Ils reposent sur plusieurs révélations concordantes, donc la prudence reste de mise.
Ce contretemps ne veut pas dire que l’entreprise change de direction sur le fond. Meta continuerait, si l’on en croit ces mêmes informations recoupées, à investir massivement dans ses infrastructures et ses modèles, avec des dépenses attendues entre 130 et 145 milliards de dollars en 2026. Le groupe pousserait déjà d’autres chantiers, comme un agent grand public baptisé « Project Hatch » et la famille de modèles « Muse ».
L’épisode sonne tout de même comme un rappel assez brutal pour le reste de la Silicon Valley : remplacer vite de larges morceaux de travail humain est bien plus compliqué que ne le suggèrent les présentations. Pour l’instant, ces outils paraissent surtout solides quand il s’agit d’aider les équipes, beaucoup moins quand on veut s’en servir pour justifier des suppressions massives de postes. On continuera à suivre le dossier.
Suivez-moi sur Twitter : @pierrevitre