Au Texas, l’élection au poste de gouverneur en 2026 pourrait peser lourd sur le marché américain des centres de données. Si la démocrate Gina Hinojosa battait le républicain Greg Abbott, après avoir promis de bloquer les nouveaux projets tant que des protections plus strictes pour les habitants ne seraient pas en place, l’État changerait brusquement de ligne sur un marché devenu essentiel pour le cloud, les services numériques et les grands projets de calcul aux États-Unis. Restons prudents tout de même: pour l’instant, on parle d’une hypothèse électorale, pas d’une décision déjà prise.
Une victoire de Gina Hinojosa aurait aussi une portée historique. Elle deviendrait la première gouverneure démocrate du Texas depuis 1990. Et ses positions pourraient ralentir un marché qui occupe désormais une place centrale dans le cloud, les services numériques et les grands projets de calcul du pays.
D’après Jefferies, le Texas est aujourd’hui le deuxième marché américain des centres de données derrière la Virginie, avec 419 sites. Son économie de 2 900 milliards de dollars, l’abondance d’énergie, le foncier disponible et une réglementation longtemps favorable ont attiré les investisseurs à grande vitesse.
Le résultat se voit dans les chiffres. Toujours selon Jefferies, les investissements annuels sont passés de 3,4 milliards de dollars en 2022 à un niveau projeté de 66,2 milliards en 2026. Greg Abbott a fait de cette dynamique un argument politique, et il a récemment mis en avant l’investissement de 40 milliards de Google dans les infrastructures cloud du Texas, dont trois nouveaux campus de centres de données.
L’objectif affiché ne laisse pas beaucoup de place au doute: faire de l’État un bastion du calcul à très grande échelle.
Une victoire de Gina Hinojosa pourrait pourtant rebattre les cartes. Sa plateforme prévoit un moratoire sur les nouveaux projets jusqu’à l’adoption de garde-fous précis: interdiction des accords de confidentialité, renforcement du pouvoir des riverains, obligation de démontrer qu’un site ne fera pas grimper les factures d’eau ou d’électricité des ménages, et suppression des subventions ou avantages fiscaux accordés aux promoteurs.
L’enjeu dépasse de loin la seule politique locale. D’après Jefferies, le Texas représente à lui seul environ 26 % de la capacité planifiée de centres de données aux États-Unis, soit presque trois fois la part prévue de la Virginie.
Jefferies estime qu’un moratoire pourrait mettre en péril 13,3 gigawatts de projets déjà annoncés dans l’État. Bank of America va encore plus loin et décrit cette course comme le « scrutin le plus important de 2026 pour les marchés de l’électricité et des services publics ».
Si les marchés sont aussi nerveux, c’est aussi parce que la pression sur le réseau ne cesse de monter. Selon ERCOT, l’organisme qui gère le réseau électrique texan, la demande des centres de données au Texas pourrait être multipliée par huit d’ici 2030 pour atteindre 77 965 mégawatts, un niveau proche de la capacité de pointe actuelle de l’État.
ERCOT a déjà franchi le seuil des 91 000 mégawatts de demande, un record, et table sur jusqu’à 175 000 mégawatts en 2032. L’organisme précise aussi qu’environ 90 % des 474 gigawatts de nouvelles demandes de raccordement viennent des centres de données.
En face, les critiques se multiplient: consommation d’eau, bruit, pression sur les infrastructures, risques accrus de coupures, possible hausse des coûts pour les particuliers. La contestation n’a plus rien de marginal.
Le comté d’Austin a temporairement interdit de nouveaux centres de données. El Paso a imposé des zones tampons près des quartiers résidentiels. L’État de New York, lui, a adopté un moratoire sur les grands projets. Même Greg Abbott a fini par ordonner une pause à l’échelle de l’État, le temps d’attendre un audit.
Le Texas n’est donc plus seulement le symbole de l’expansion rapide des centres de données. Il pourrait aussi devenir le terrain d’essai de leur encadrement politique.
Author: Manuel Bosque
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