Le Public Investment Fund (PIF) saoudien et Silver Lake discutent d’un possible rachat de Unity Software, l’éditeur du moteur de jeu Unity, d’après Reuters, qui a révélé l’information le 5 novembre 2026. Les échanges porteraient, toujours selon l’agence, sur une valorisation autour de 25 milliards de dollars. Si ce chiffre se confirme, l’Arabie saoudite ne se contenterait plus d’investir dans des éditeurs ou des studios : elle mettrait la main sur l’un des outils les plus sensibles de toute l’industrie du jeu vidéo.
À l’heure où nous écrivons ces lignes, rien n’a été officilisé par les parties, et rien ne permet encore d’affirmer que les discussions iront jusqu’au bout.
Mieux vaut donc avancer avec prudence.
Si l’opération aboutit, elle marquera malgré tout une avancée vers le centre névralgique de la fabrication des jeux. Nous suivrons le dossier.
Cette information publiée par Reuters le 5 novembre 2026 arrive quelques mois après une autre opération de poids : le rachat d’Electronic Arts par un consortium formé par le PIF, Silver Lake et Affinity Partners, là encore d’après Reuters.
Finalisée le 4 août 2026, cette acquisition avec effet de levier a valorisé Electronic Arts à 55 milliards de dollars et sorti l’éditeur de la cote, toujours selon Reuters.
Avec Unity, la logique n’est pas la même. Electronic Arts est un mastodonte de l’édition. Unity, lui, relève de l’infrastructure.
Le moteur Unity équipe une part énorme du secteur, des grands acteurs du mobile jusqu’aux studios indépendants. Contrôler Unity donnerait donc au consortium une influence non seulement sur les jeux mis sur le marché, mais aussi sur la technologie de base qui sert à les fabriquer.
Silver Lake, de son côté, n’arrive pas les mains vides dans ce dossier. Reuters rappelle que le fonds possède déjà environ 8 % de Unity, après un investissement d’environ 400 millions de dollars réalisé en 2017. L’un de ses dirigeants, Egon Durban, siège aussi au conseil d’administration de l’entreprise, toujours d’après Reuters.
Fait assez frappant, Unity aborde ces discussions dans une posture plus solide qu’au cours des dernières années. Selon Reuters, la société vient de publier des résultats supérieurs aux attentes et a enregistré son premier bénéfice trimestriel GAAP depuis son introduction en Bourse en 2020, en grande partie grâce à la forte progression de sa plateforme publicitaire Vector.
En clair, Unity n’a plus tout à fait le profil d’une cible fragilisée, comme cela a pu être le cas par le passé. Cela peut renforcer sa main dans d’éventuelles négociations et faire grimper le prix de n’importe quelle offre.
L’intérêt pour Unity s’inscrit dans une stratégie plus large. Dans le cadre de Vision 2030 et de sa politique consacrée au gaming et à l’esport, l’Arabie saoudite a consacré plus de 38 milliards de dollars au secteur, avec des objectifs affichés noir sur blanc par Vision 2030 : créer 39 000 emplois, faire émerger 250 entreprises du jeu vidéo et porter la contribution du secteur au PIB à environ 50 milliards de riyals d’ici 2030.
Par l’intermédiaire du PIF et de Savvy Games Group, le royaume a déjà racheté Scopely pour 4,9 milliards de dollars et ESL FACEIT Group pour 1,5 milliard, sans compter ses participations dans Nintendo, Capcom et Nexon.
Cette montée en puissance continue pourtant de faire réagir. Le rachat d’Electronic Arts s’est accompagné de suppressions de postes et a laissé derrière lui une dette d’environ 18 milliards de dollars, selon Reuters.
Plus largement, plusieurs observateurs craignent une consolidation encore plus forte du secteur, de nouvelles vagues de coupes dans les coûts et une pression accrue sur l’indépendance créative des studios. À cela s’ajoute un débat plus politique : pour les critiques du royaume, ces investissements servent aussi à redorer son image sur la scène internationale.
Le dossier Unity dit une chose assez clairement : après les éditeurs, les compétitions et les studios, l’argent saoudien s’approche maintenant des fondations techniques du jeu vidéo lui-même.