Donald Trump a récemment mis en ligne sur Truth Social des visuels non officiels d’un uniforme de cérémonie présenté comme la « prochaine génération » pour la United States Space Force. Le concept, décliné en « gris spatial » et en « noir minuit », affichait une silhouette très théâtrale, avec bottes hautes en cuir et épaulettes bien marquées. Il revendiquait aussi une inspiration assez frontale, la « discipline et la fonctionnalité » de l’uniforme de « Starship Troopers ». La référence a aussitôt déclenché des critiques, d’autant que la U.S. Space Force a déjà commencé à déployer sa véritable tenue de service, d’après les visuels publiés sur Truth Social et les informations communiquées par la U.S. Space Force.
Ce qui a vraiment déclenché la vague de réactions, curieusement, ce n’était pas la coupe. C’était cette référence, écrite noir sur blanc : le design disait s’inspirer de la « discipline et la fonctionnalité » de l’uniforme de « Starship Troopers », remis au goût du jour pour les « gardiens de l’espace ».
Pour beaucoup d’observateurs, le problème saute aux yeux. « Starship Troopers » est largement perçu par la critique comme une satire du fascisme et du militarisme, pas comme un modèle à reprendre au premier degré. Paul Verhoeven l’a lui-même expliqué : s’il a choisi une esthétique autoritaire, c’était justement pour mieux la viser. Quant aux costumes du film, des critiques les ont souvent rapprochés de l’imagerie des SS nazis.
Voir un projet d’uniforme militaire américain citer aussi directement le film comme source d’inspiration a donc été lu, pour certains, comme un énorme contresens culturel, et pour d’autres comme un signal franchement mal choisi. Sur les réseaux sociaux comme dans la presse, les comparaisons n’ont pas tardé, avec des tenues de méchants de science-fiction, mais aussi avec des références historiques autrement plus lourdes.
Le chroniqueur de mode masculine Derek Guy s’est notamment moqué d’un costume qui ressemble au genre de tenue qu’Hollywood utilise pour faire comprendre tout de suite qui sont « les méchants ». De son côté, le commentateur conservateur Jonah Goldberg s’est demandé si les défenseurs du projet avaient vraiment saisi la dimension satirique du film.
Il faut quand même garder un point en tête. On ne parle pas d’un uniforme que la U.S. Space Force aurait officiellement adopté. Le visuel diffusé relevait d’une proposition non officielle, et sa concrétisation paraît d’autant moins probable que la branche spatiale a déjà commencé à distribuer sa véritable tenue de service, selon la U.S. Space Force.
L’uniforme actuellement déployé repose sur un manteau bleu marine foncé, fermé par six boutons diagonaux, un détail censé symboliser la Space Force comme sixième branche des forces armées américaines, toujours selon la U.S. Space Force. Le contraste avec le concept partagé en ligne est saisissant. D’un côté, une tenue institutionnelle plutôt sobre. De l’autre, un look qui semble sortir tout droit d’une dystopie militaire de cinéma.
L’épisode s’ajoute aussi à une longue série de rapprochements entre la U.S. Space Force et la science-fiction. Dès ses débuts, son logo avait été comparé sur les réseaux sociaux à l’insigne de Starfleet dans « Star Trek ».
Même le nom donné à ses membres, les « Guardians », avait suscité des blagues sur « Les Gardiens de la Galaxie ». Cette fois, pourtant, la frontière entre clin d’œil pop et faux pas symbolique paraît nettement plus délicate. À vouloir projeter une image futuriste et martiale, cette proposition a surtout rappelé une chose : l’habillage visuel d’une institution militaire n’est jamais politiquement neutre.
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