À ce stade, d’après les prises de parole publiques en Australie et les annonces du gouvernement d’Australie-Méridionale, l’Australie n’a toujours pas instauré d’interdiction nationale des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans. Pourtant, depuis quelques jours, certains articles soutiennent que cette mesure serait déjà appliquée et que ses premiers effets seraient visibles. C’est faux.
Un article très partagé affirme par exemple que, trois mois après l’entrée en vigueur supposée d’une loi le 10 décembre 2025, l’usage des réseaux sociaux chez les adolescents serait passé de 86 % à 81 %. Il ajoute que la part des adolescents disposant d’un compte serait, elle, tombée de 52 % à 42 %.
Ce qui frappe, c’est que ces chiffres sont présentés comme la conséquence mesurée d’une interdiction nationale. Or, toujours selon cet article, ils reposeraient sur une enquête menée auprès de plus de 4 000 enfants et familles, alors même qu’aucun dispositif fédéral de ce type n’est aujourd’hui appliqué dans l’ensemble du pays.
Mieux vaut donc garder la tête froide. Ces données peuvent, à la rigueur, montrer des évolutions de comportement. En revanche, elles ne peuvent pas servir à mesurer l’effet d’une loi fédérale qui n’est pas en vigueur.
À l’heure actuelle, d’après les déclarations publiques des responsables australiens, aucune loi fédérale déjà entrée en application n’interdit aux moins de 16 ans l’accès aux réseaux sociaux en Australie. Le sujet reste pourtant au centre du débat politique, entre propositions, promesses électorales et préparation réglementaire.
Peter Dutton, chef de l’opposition, s’est engagé dans ses déclarations publiques à instaurer une interdiction s’il arrive au pouvoir. De son côté, le Premier ministre australien Anthony Albanese s’est dit prêt à travailler sur le sujet. Le dossier avance donc sur le terrain politique, mais on parle encore de discussions, pas d’une application nationale déjà effective. Nous vous tiendrons informés.
Pour l’instant, la démarche la plus concrète vient de l’État d’Australie-Méridionale. D’après les annonces de son gouvernement, l’État a présenté une expérimentation dans laquelle les moins de 14 ans seraient exclus des réseaux sociaux, tandis que les jeunes de 14 et 15 ans devraient obtenir l’accord de leurs parents.
Le projet, toujours selon le gouvernement d’Australie-Méridionale, prévoit aussi le recours à des technologies d’estimation ou de vérification de l’âge, un investissement de 1 million de dollars australiens et la mise en place d’un jury citoyen. Là aussi, on parle d’un pilote local, pas d’une règle déjà déployée dans tout le pays.
Sur le fond, les défenseurs d’une restriction mettent en avant les risques liés à un usage intensif des réseaux sociaux chez les adolescents, en particulier l’anxiété, la dépression et d’autres effets négatifs sur la santé mentale.
Mais le nœud du problème reste la vérification de l’âge. Plusieurs critiques estiment que ces systèmes sont fragiles, faciles à contourner ou trop intrusifs, avec des conséquences très concrètes pour la vie privée.
La commissaire australienne à la sécurité en ligne, Julie Inman Grant, a d’ailleurs mis en garde dans ses déclarations publiques contre une approche trop brutale. Selon elle, une interdiction pourrait déplacer les usages vers des espaces moins visibles, sans améliorer réellement la sécurité.
L’Australie n’est pas seule dans ce cas. Aux États-Unis, l’État de Floride a déjà adopté une loi qui restreint l’accès des plus jeunes à certaines plateformes, pendant que d’autres pays explorent eux aussi des règles d’âge dans des domaines voisins de la sécurité en ligne.
Il manque encore des pièces importantes au débat public : quelles technologies seraient réellement utilisées, avec quelles garanties de confidentialité, et surtout ce qu’en pensent les adolescents eux-mêmes, souvent absents de discussions qui les concernent pourtant au premier chef.
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